vendredi 24 mai 2013

Les trois mille qui ne l'étaient pas.

Dans les textes pyrénéistes, çà et là, dispersés comme des pépites d'or, apparaissent quelques trois mille qui, ultérieurement, ne l'étaient pas. La soif des pionniers pour trouver de nouveaux sommets élevés, entraînait quelque exagération sur l'altitude de certains pics, souvent prise à vue d'œil, d'autres avec des outils plus précis. La caractéristique commune est de s'être trouvée, pour un temps plus ou moins long, dans la noblesse pyrénéenne. Bien entendu : noblesse altimétrique.

Nous allons faire une révision de ces cimes. Quelques-unes n'ont pas besoin de présentation, l'écoulement du temps ne les a pas malmenées. Des autres, on a même oublié le nom avec lequel elles furent baptisées un jour. L'établissement d'altitudes plus exactes est un processus qui se poursuit aujourd'hui. Rappelons que, en des temps récents, des cimes ont été supprimées de la liste de trois mille pour n'être pas à l'altitude requise.

Voilà un retour au temps de l'exploration des Pyrénées. Donc ce n'est pas une surprise de trouver les noms de ceux qui se préoccupaient d'établir des altitudes ou réalisaient les premières ascensions.


Faux trois mille dans le massif calcaire.
Autour du Mont Perdu, chanté par Ramond, abondent les candidats au trois mille qui sont restés sur le côté. Chose logique puisque ce fut une des premières zones à être étudiée avec attention. On ne sera pas surpris de voir ici le nom de Franz Schrader qui fut le premier à lever une carte détaillée du massif.

Le Pic d'Escuzana 3050m.
L'altitude du Pic d'Escuzana est aujourd'hui de 2848m. La première référence de son altitude excessive vient de la main de Schrader dans l'Annuaire du Club Alpin Français en 1875. Pendant une ascension au Gabietou avec Célestin Passet le 23 août 1875, il dit : "Quant au vallon de Salarons, le voici en abrégé : à droite, le pic de l'Escuzana (3050m), un peu plus élevé que le Gabietou et hardi comme une flèche de cathédrale". De quoi parle Schrader? L'ascension par le glacier nord les a conduits à la Pointe Orientale du Gabietou, et c'est de là qu'il réalise sa description. On voit parfaitement qu'il décrit la Pointe Occidentale, un peu plus élevée et d'allure aiguë depuis sa pointe jumelle.
Cette altitude du vrai Pic de l'Escuzana n'allait pas persister. Le 10 septembre 1878, Alphonse Lequeutre guidé par Henri Passet, se dirige vers le pic signalé par Schrader. Voici sa conclusion publiée dans l'Annuaire du CAF en 1878 : "Ce pic est désigné sur la carte de mon ami Schrader sous le nom de Pic de la Gatère, et il attribue le nom d'Escuzana à un pic plus septentrional et plus élevé de 200 mètres, situé du reste dans le même vallon et au-dessus des mêmes pâturages. Du sommet où je suis monté, le grand pic se profile sur le Gabiétou et, par conséquent, invisible ; je n'en ai reconnu l'existence qu'en examinant les tracés et les dessins de M. Schrader avec lui, après mon retour à Paris. Mon guide a-t-il donc fait erreur en me conduisant sur le pic de 2840m ? Je ne le crois pas : d'après le vieux chasseur Castetx qui connaît admirablement le pays et d'après les renseignements des gens de Torla et de Boucharo, le nom de la Gatère s'appliquerait seulement aux murailles, et le nom d'Escuzana aux pâturages et aux pic (sic), et naturellement au seul pic visible de la vallée de Broto, c'est à dire au pic de 2840m. dont j'ai fait l'ascension. Quant au pic de 3050m, on l'ignore, et on le confond avec le Gabiétou. Je crois donc pouvoir désigner, au moins provisoirement, sous le nom de l'Escuzana, le sommet que j'ai atteint, sauf à donner plus tard, s'il y a lieu, au pic de 3050m le nom de grand pic de l'Escuzana. Ce à quoi penchent du reste mon ami Schrader et notre guide Henri Passet."
Ce qui est arrivé ici est donc une erreur toponymique. Le pic de la Gatère de Schrader c'est le vrai Pic de l'Escuzana ; et le pic de 3050m c'est en réalité le Grand Gabiétou.

Les murailles de la Gatère et le Pic de l'Escuzana, vue prise de Torla (Dessin de F.Schrader, d'après nature). Annuaire du Club Alpin Français 1878. [google.books]

Le Pic d'entre les Brèches 3000m.
Une simple note d'Henri Beraldi dans "Cent ans aux Pyrénées. Livre V" nous parle de ce trois mille. Il est, évidemment, aujourd'hui nommé Pic Bazillac. Beraldi relate la campagne d'Henri Brulle en 1888. Le 20 août, guidé par Célestin Passet, il monte par la voie nord. Cette voie avait été déjà parcourue deux fois auparavant : en 1887 par Bazillac et le même Célestin et en 1888 par de Monts, Viennot et Henri Passet. Le rocher verglacé leur avait posé bien des problèmes. Dans les carnets posthumes de Brulle "Ascensions. Alpes, Pyrénées et autres lieux", recueillis par Beraldi et Arlaud et publiés pour la première fois en 1936, le Pic entre les Brèches figure déjà avec son altitude actuelle de 2972m.

Les vrais jumeaux pyrénéens : Castor et Pollux.
En plus des Jumeaux mentionnés par d'Espouy dans les cimes de la crête nord des Posets, les Pyrénées possèdent une paire plus ancienne et, comme dans les Alpes, mieux nommée. La nomination vient, une fois de plus, d'Henri Brulle. Ce sont les deux sommets ou gendarmes qui se placent sur la crête qui va de l'Astazou Occidental au Pic de Marboré et qui définissent, par conséquent, le triple col d'Astazou entre Gavarnie à l'Ouest et Tuquerouye à l'Est. Le 8 août 1904, Henri Brulle, son fils Roger et René d'Astorg atteignent le dit col en montant par les Rochers Blancs et poursuivent la crête au Sud, passent par le sommet du Castor (3008m.) et, du col intermédiaire entre les deux pointes, vont vers Tuquerouye afin de descendre vers Gavarnie par la Hourquette d'Allanz. Le 18 du même mois, Brulle avec d'Astorg et Germain Castagné contournent le Pollux dans leur descente du Mont Perdu vers Gavarnie [BRULLE, Henri. Ascension. Orthez, PyréMonde, 2006]. Les altitudes actuelles sont de 2986m pour la cime Sud : Pollux ; et de 2983m pour la cime Nord : Castor.


Faux trois milles à Troumouse.
La crête du cirque de Troumouse ne se borne pas seulement au parcours classique entre le Gerbats et La Munia, une autre section assez intéressante se déroule entre le col de La Munia et le Port de la Canau sur la partie occidentale du cirque. L'altitude décroît depuis la cime de La Munia et ne dépasse pas les trois mille mètres. Néanmoins, durant un temps, deux sommets de trois mille ont existé dans cette zone. Comme tous les deux sont liés, autant par leur genèse que par leur histoire, nous les verrons en même temps.

Pic Arrouye 3039m. et Pène Blanque 3025m.
Dans un dessin de Schrader en 1873, figure un Mount Arrouye avec 3030m. à l'Ouest de La Munia. Ce sommet est cité par Lequeutre dans l'Annuaire du CAF 1875. En 1882, dans l'édition de la feuille Luz de la Carte d'État-major, un Mont Arrouye de 3039m tient compagnie à La Munia. En 1912 c'est Juli Soler i Santaló qui nomme des "Blanques de Lalarri 3000m" dans le Bulletin du CEC. En 1920 c'est Jean Arlaud, d'après ses carnets, qui le gravit. Cette même année, Jean-Pierre Rondou signale dans le Bulletin Pyrénéen, "Essai sur la toponymie de la vallée de Barèges" que : "Les deux cotes d'altitude données par l'État Major, 2811 pour Pène Blanque et 3039 pour le Mont Arrouy, sont interverties, selon M.Briet. C'est Pène Blanque qui est le plus haut sommet de cette partie de la crête, et auquel il faut attribuer 3039m.". Par la suite, Arlaud y retourne pour monter au Pène Blanque, signalant une altitude de 3025m, mais en maintenant les 3030m pour le Pic Arrouye. Finalement, en 1938, le général H. Barrère signale la perte du rang de trois mille pour le Mont Arrouye par suite de la triangulation faite durant la période 1913-1919 par Maurice Heïd. Les résultats de cette triangulation ont été publiés sous le nom "La Triangulation complémentaire du massif de Troumouse" par Marrimpouey Jeune, Pau. Le commandant d'alors, M. Barrère, signale que les différences d'altitude entre ces deux sommets ont leur origine dans une importante erreur de planimétrie de la carte d'Etat-major, où les deux sommets donnent un écart planimétrique respectivement de 300m et 500m. En notant que : "Ces erreurs semblent dues à des visées d'intersection ne se coupant pas bien et ayant de fortes pentes ; visées faites depuis l'aire du Cirque. Le décalage en cote correspond presque exactement à celui de la planimétrie, si on admet les visées zénithales déterminantes comme prises de l'emplacement de la Vierge du Cirque." Les altitudes actuelles sont 2888m pour le Mont Arrouy et 2902m pour le Pène Blanque.

Schéma de la Triangulation complémentaire du massif de Troumouse. Maurice Heïd. 1938.


Le Luchonnais, alentours du Pic Maupas.
Le Pic Maupas est un repère géodésique important dans les Pyrénées, car il copartage la catégorie du signal de premier ordre des triangulations française et espagnole. Dans ses environs on avait cru aussi entrevoir deux cotes dépassant les trois mille mètres mais qui, finalement, ne les atteignaient pas.

Forca de Remuñe 3000m.
L'inclusion de la Forca de Remuñe dans le club des trois mille vient de la main de Henry Russell, qui, en 1881, dans un article publié dans l'Annuaire du CAF le définissait comme : "pic de premier ordre qui doit presque atteindre les 3000m". C'est manifestement une estimation à l'œil un chouia excessive, puisque ledit sommet cote 2945m aujourd'hui.

Mail Barrat ou Boum Oriental 3060m.
La considération de cette cime comme 3000 dura assez longtemps : elle fait son apparition comme Mall Barrat dans le Guide Soubiron en 1920, puis réapparaît dans les guides et cartes ultérieures. Il faut signaler que l'erreur semble venir de l'altitude octroyée au Boum dans la carte "Les Monts Maudits" de Charles Packe en 1866, où on signale une altitude de 3060m. Russel la découpe en deux cimes en parlant d'un Deuxième Boum avec 3000m, découpage qui se voit dans des cartes plus tardives : le Boum Occidental avec 3010m et l'Oriental avec 3060m (Carte de Ramón de Semir publiée par le CEC en 1928 ; feuille 3 de la Carte Ledormeur en 1945...) bien que, à ce moment là, accompagnés du vrai Mall Barrat avec 2970m. À signaler, en passant, un Port Bielh à 3060m cité dans "Les Guides Bleus" de l'Éditeur Hachette, où on ne se sait pas s'il est le Port Vielh ou le supposé Boum Oriental.


Le Cotiella.

Cotiella 3010m-3130m.
Le Cotiella, visible d'une grande partie de la Chaîne, ne pouvait pas rester en dehors de cette liste. Corabœuf, en 1825, lui octroyait une altitude de 2910m dans ses lignes de mire depuis les signaux français. Cette altitude fut corroborée par Enrique Uriarte et Manuel Quintana lors des opérations géodésiques faites en 1864 et qui entraînèrent sa conquête. Cette ascension, soupçonnée mais inconnue jusqu’à il n’y a pas longtemps, fut suivie un an après, en 1865, par Henry Russell, qui jugeait la hauteur du Cotiella de 3010m. De plus, en 1875, Franz Schrader cite dans l'Annuaire du CAF une altitude de 3130m, valeur relevée dans un nivellement depuis La Munia. Même si, en 1877, à l'occasion de sa montée au pic, il l'établissait définitivement à 3010m. Il semble y avoir un acharnement pour classer le Cotiella parmi les trois mille, puis on s'aperçoit que dans la Reseña Geográfica y Estadística de España, publiée par l'Instituto Geográfico y Estadístico en 1888 et 1912, on boude la donnée fournie dans la campagne géodésique de 1864, et on copie sans honte l'altitude donnée par Schrader dans l'Annuaire du CAF, avec 3130m.


Massif de Cotiella, vue prise de la Punta de Salinas. Reproduction, par le procèdé Gillot, d'une esquisse de M. F.Schrader. Annuaire du Club Alpin Français 1877. [google.books]

Punta Suelza 3000m.
Nous ajoutons ici un autre trois mille mentionné aussi par Schrader. Dans l'Annuaire du CAF, en 1874, il cite le Pic Los Libones 3000m dans un nivellement fait depuis le Balcón de Pineta. En 1878, il connaît déjà son nom, Punta Suelza, mais il maintient l'altitude de 3000m.


Aux Monts Maudits.
Le massif le plus haut de la Chaîne accueillait de nombreux sommets qui étaient réputés comme des trois mille, et qui furent conquis pour cela.

Pic Central d'Estatats 3000m.
L'attribution de l'altitude et sa première visite sont l'œuvre d'Henry Russell, qui, dans l'Annuaire du CAF 1883, décrit son ascension du 31 août 1883 accompagné de Firmin Barrau et d'un jeune benasquais. Selon la carte de Schrader, sa hauteur est jugée un peu en-dessus des trois mille. Dénommé comme Pic Central d'Estatats, Russell signale deux autres pointes plus orientales précédant le Pic Eroueil (Aragüells) qui, étant plus élevées, dépasseraient, elles aussi, les 3000m. L'altitude actuelle est de 2986m et son nom : Pico de Cregüeña.

Pic Oriental d'Estatats 3000m.
En 1902, Fontan de Négrin, d'Ussel, Bertrand Courrège et Pierre Rauzy, suivent le témoignage de Russell et convoitent de s'octroyer une première sur un plus de trois mille avec cette pointe-là, qu'ils atteignent le 3 octobre (Annuaire du CAF 1903). L'altitude réelle est 2990m Pico de l'Agulla.

Pic de Piedras Albas 3010m.
C'est l'autre sommet noté par Russell, le plus proche du Pic Aragüells. Sa hauteur, aujourd'hui, est 2993m, Piedras Albas ou Tuca de Aragëlls.

Quelques-unes de ces pointes-là dans la crête d'Estatats ont figuré longtemps dans la cartographie et bibliographie comme trois mille. Citons la Mapa Topográfico Nacional en 1934, feuille 180; la carte de Léon Maury "Les Monts Maudits" en 1945; les premières éditions des cartes Alpina "Alto valle del Ésera I - La Maladeta" en 1958; le Guide Posets-Maladeta d'Armengaus et Jolís en 1957 et 1968; l'œuvre de Cayetano Enríquez de Salamanca "Por el Pirineo Aragonés" en 1976.


La Sierra de Montarto.
Avec ce nom on nommait toute la chaîne de montagnes qui se lève à l'orient de la rivière Noguera-Ribagorzana et qui borne au midi le Val d'Aran, allant des Beciberris au Montarto. Explorées tardivement, leurs altitudes n'étaient pas claires.

Pointe Lequeutre 3028m.
Cette altitude lui est octroyée par Fontan de Négrin lors de son ascension au Comoloforno en suivant cette voie en 1900. Le récit peut se trouver dans le Butlletí nº 105 du CEC en 1903. Négrin conclut, comme Brulle et Bazillac, que le Comoloforno est un pic d'abord difficile. Le passage de la brèche qui sépare la Pointe Lequeutre de la pointe Passet est vraiment hardi à l'époque. Actuellement elle cote 2967m.

Pic d'Abellanés ou sans nom 3000m.
Au même moment, en 1900, Fontan de Négrin s'adjugeait la première d'un pic placé à l'Est de la Pointe Senyalada, et séparé du Comoloforno par un col profond. Il juge une hauteur de 3000m et signale que, même sans nom dans les cartes, il est connu dans le pays sous le nom de Pich d'Abellanés. En fait, ce n'est pas une première, puisque Russell avait ascensionné ce pic en 1869 en croyant gravir le Beciberri. Le comte le nomme Besiberri Occidental 2980m, hauteur plus réelle.


Aigües Tortes.
Dans l'endroit splendide d'Aigües Tortes et San Mauricio, un grand nombre de sommets frisent les 3000m. Il n'est pas étonnant que quelques auteurs aient placé là des trois mille qui ne l'étaient pas.

Pala Alta del Serrader 3001m.
Découverte par Franz Schrader en 1880 avec le nom de Comolos-Altes à l'occasion de sa première ascension à la Pointe Alta. La première fois que nous la trouvons avec une altitude de 3000m, c'est dans le Butlletí du CEC nº105 selon Fontan de Négrin. Dans la Carte Nationale Espagnole, dans la feuille nº186 en 1936, apparaît le nom de Punta Alta et 3001m. Dans le guide du CEC Pallars-Aran en 1971, œuvre d'Agustí Jolís et Maria Antonia Simó, cela se poursuit avec 3001m et le nom de Pala Alta del Serrader. L'altitude actuelle est de 2983m.

Grand Pic de Colomers 3005m.
Schrader lui octroie une altitude barométrique de 3005m le 11 août 1880, bien qu'il note que l'altitude par visées soit de 2926m.

Pic San Cristobal 3170m.
Maurice Gourdon, dans l'Annuaire du CAF 1879, signale ce pic. Il accomplissait son ascension le 30 juillet 1879. Un des bergers lui signale le nom utilisé. Schrader mettra son vrai nom et altitude dans l'Annuaire du CAF l'année suivante, c'est le Pic de Peguera de 2982m.

Pic de San Cristobal (Sierra de los Encantados) Maurice Gourdon. Annuaire du Club Alpin Français 1879. [google.books]


Les Pyrénées Orientales.
Dans les Pyrénées Orientales se révèle aussi un trois mille, donné dans ce cas, sans aucun outil de mesure.

Mont-Rouge 3000m.
Le témoignage vient de la main de Russell dans ses "Souvenirs d'un montagnard", où il narre son retour de l'Espagne en 1864 quand il fut appréhendé par les douaniers du village de Couflens "aux pieds du Mont-Rouge 3000m".

À tout cela, il faut ajouter ces cimes données pour trois mille dans les listes de Buyse et qui, depuis 1993, ont vu diminuer leur hauteur suite aux levées des Instituts Cartographiques.
Ce sont:
Diente Royo : de 3010m. à 2991m.
Frondella Suroeste : de 3001m à 2989m.
Arnales : de 3006m. à 2996m.
Besiberri del Mig Norte : de 3002m à 2996m.
Besiberri del Mig Sur : de 3003m. à 2995m.
Punta Célestin Passet : de 3002m. à 2998m.

FTer

mardi 9 avril 2013

La liste de trois mille de Jacques Jolfre (1980).

Jacques Jolfre (Toulouse, 1937) est un célèbre spéléologue et pyrénéiste, auteur d'une production bibliographique abondante.

Nous trouvons ici la première liste de trois mille publiée par un Français. Par rapport aux listes publiées au Sud, la longue histoire du pyrénéisme français a dû patienter jusqu’à une date aussi tardive pour disposer d’un inventaire des "toits" pyrénéens. Bien sûr, nous avons pour références les listes françaises précédentes, mais elles ne parvinrent pas à devenir publiques (liste Baudrimont). Ici se révèle un sujet sociologique qui mériterait d'être étudié. Peut-être a-t-on, dans la collectivité montagnarde du Nord, le sentiment que les Pyrénées sont connues de tous ? Ou que personne ne les connaît assez bien pour faire autorité sur le thème ?

Quoi qu'il en soit, Jacques Jolfre se décide, en 1980, à publier une liste. Il le fait dans le bulletin trimestriel des sections pyrénéennes du CAF, Revue Pyrénéenne 6ème série nº 10, juin 1980, pages 8 et 9.

Couverture de la Revue Pyrénéenne numéro 10.

Il choisit de comptabiliser seulement les hauteurs ayant un nom, rejetant volontairement les cotes anonymes. Pratiquement, c'est le seul critère employé en ces années-là pour établir une liste. Il énumère 132 pics. Mais Jolfre apporte une nouveauté qui est de séparer les sommets selon leur importance : il est le premier à le faire. Il nuance en précisant que c’est un avis tout personnel et qu'il ne veut l’imposer à personne. Donc, il discerne les vrais sommets (92), signalés par un astérisque dans sa liste, et les restants (40). À l'heure de faire cette différenciation, Jolfre souligne que, malgré l'énumération des critères qui semble claire, le labeur devient vite un vrai casse-tête au moment d'examiner la réalité.

Les altitudes sont tirées des cartes de l’IGN français, ou des Guides Ollivier, ou des cartes espagnoles, ou à défaut du Guide Ledormeur.

Ultérieurement Jacques Jolfre faisait partie de l'Equipe des Trois Mille de Buyse, et sans doute contribua-t-il à la constitution de la liste parrainée par ce dernier.

La relation de Jolfre avec les trois mille ne finit pas là, car il publie en 1991 un livre spécifique "Pyrénées 3000", bien qu'il soit plus photographique qu'autre chose ; il énumère onze zones établies par Buyse, quoiqu'il cite seulement les cimes les plus importantes, ne suivant même pas sa propre liste.

Nous reproduisons ci-dessous la liste en entier de Jacques Jolfre telle qu’elle fut publiée. Les notations éclairciront les points confus.

* Pic d'Arollas   3051m (1)
* Pic Banderas   3021m (2)
* Pic Algas   3041m (3)
  Pics d'Enfer : Cime Ouest 3073m  
*   Cime Centrale 3081m  
    Cime Est 3076m  
* Pic Balaïtous   3144m  
  Aiguille Cadier   3022m  
* Pics de Frondellas : Oriental 3063m  
    Central 3025m  
    Occidental 3006m  
  Tour Cadier   3049m  
  Aiguille d'Ussel   3022m  
* Pic de la Grande Fache   3005m  
* Pic de Vignemale (Pique-Longue)   3298m  
* Piton Carré   3197m  
* Pointe Chausenque   3204m  
* Pic Petit Vignemale   3032m  
* Pic du Clot de la Hount   3289m  
* Pic Cerbillona   3247m  
  Pic Central   3235m  
* Pic Montferrat   3219m  
* Pic Grand Tapou   3150m  
  Pic du Milieu   3130m  
* Pics Gabiétous : Occidental 3034m  
    Oriental 3031m  
* Pic Taillon   3144m  
* Pic Casque de Marboré   3006m  
* Tour du Marboré   3009m  
* Pic de l'Epaule du Marboré   3073m  
  Pics de la Cascade : Occidental 3095m  
    Central 3029m (4)
    Pic Brulle 3106m  
*   Oriental 3161m  
* Pic Marboré   3248m  
  Pic Petit Astazou   3012m  
* Pic Grand Astazou   3071m  
* Pic Cylindre du Marboré   3325m  
* Pic Mont Perdu   3355m  
* Soum de Ramond   3260m  
* Pic Las Olas   3002m  
* Pic Louseras (ou Robinera)   3003m  
* Pic de la Munia   3133m  
  Pic de la Petite Munia   3096m  
* Pic Serre Mourène   3090m  
* Pic Troumouse   3085m  
  Pic Heid   3022m  
* Pic Néouvielle   3091m  
* Pic Ramougn   3011m  
* Pic des Trois Conseillers   3039m  
* Turon du Néouvielle   3035m  
* Pic Long   3192m  
  Pic Maubic   3058m  
* Pic Bugarret (ou d'Estibère Bonne)   3031m  
  Dent d'Estibère Mâle   3017m  
* Pic Badet (ou d'Estibère Mâle)   3160m  
  Pic Maou   3074m  
* Pic Campbieil   3173m  
* Pic d'Estaragne   3006m  
  Crête Carbounouse-Point culminant   3021m  
* Pic Batoua   3034m  
* Pic Lustou   3023m  
* Pic de l'Abeillé   3028m  
  Pic Petit Bachimale   3061m  
  Pointe Ledormeur   3120m  
* Pic Schrader (ou Grand Bachimale)   3176m  
* Punta del Sabre   3136m  
* Pics de Clarabide :   3020m  
    Oriental 3010m  
    Nord 3012m  
* Pic Saint-Saud   3043m (5)
  Pic Camboué   3003m (5)
  Pointe Lourde-Rocheblave   3104m  
* Pic Gourgs Blancs   3128m  
* Pic Belloc   3008m  
* Pic des Spijeoles   3066m  
* Pic Gourdon   3034m  
* Pic du Port d'Oo (Jean Arlaud)   3065m  
* Pic Seil de la Baquo   3103m  
* Pic Portillon d'Oo   3050m  
* Pic Perdiguère   3222m  
* Pointe Literole   3132m  
  Pic Royo   3121m  
* Pic des Crabioules : Oriental 3116m  
    Occidental 3106m  
* Pic Lézat   3107m  
* Pic Quayrat   3060m  
* Pic Maupas   3109m  
* Pic de Boum   3006m  
* Pic Bécibéri Nord   3014m  
* Pic Bécibéri du Milieu   3003m  
* Pic Bécibéri Sud   3030m  
* Pic Comolo Forno   3033m  
  Pic Célestin Passet   3002m  
* Punta Alta Comolo Pales   3014m  
* Pic d'Albe   3100m  
* Dent d'Albe   3114m  
* Pics Maladeta Occ.: 1er pic 3270m  
    2e pic 3220m  
    3e pic 3187m  
* Pic Le Bondidier   3150m  
* Pic Maladeta   3308m  
  Pic Maudit   3350m (6)
* Pointe d'Astorg   3354m  
* Pic du Milieu   3345m  
* Pic Coroné   3310m  
* Pic Néthou   3404m  
  Epaule du Néthou   3350m  
  Aiguilles de Llosas : Aig. Franqueville 3066m  
    Aig. Tchihatcheft 3048m  
    Aig. Argarot 3030m  
* Pic des Tempêtes   3310m  
* Pic Margalide   3260m  
* Pic Russell   3205m  
* Pic Erouel (ou Araguëlls)   3037m  
* Pic Piedras Albas ou Estatats Oriental   3000m (7)
* Pics Malibierne : Oriental 3067m  
    Occidental 3062m  
* Pic des Moulières   3010m  
  Pic Los Gémélos   3160m  
* Pic Bardamina   3079m  
* Pic des Posets ou de Llardana   3375m  
* Pic Las Espadas ou Llardaneta   3332m  
* Pic des Pavots ou Tucon Royo   3121m  
* Pic des Tourets ou Forqueta   3007m  
  Tucon de la Canal ou Diente de Llardana   3085m  
* Pic Eristé Nord ou Béraldi   3025m  
* Grand Pic d'Eristé ou de Baguenola   3053m  
  Pic Eristé Méridional ou Baguenola Sud   3045m  
* Pic d'Estats   3143m  
* Pic Montcalm   3078m  
* Pic Sullo   3072m  

(1) C'est le Garmo Negro. L'imbroglio toponymique des sommets qui dominent les bains de Panticosa est une constante dans le pyrénéisme français. La cartographie espagnole n'a pas contribué à l'éclaircir non plus. Les éditions successives de la carte Panticosa-Formigal de l'Editorial Alpina ont contribué, depuis 1979, à fixer la toponymie.

(2) C'est l'Algás. Même remarque que pour le pic précédent. Ici il porte la dénomination erronée de Pic de la Bandera octroyée dans el Mapa Topográfico Nacional espagnol 1:50000, feuille 145, dans ses premières éditions en 1936 et 1963.
 
(3) C'est l'Argualas, suivant le nom octroyé dans leurs guides par P.Soubiron (1920,1930) et R.Ollivier (1953).

(4) On dirait que c'est une erreur. Le Pic Central de la Cascade est le Pic Brulle. En plus, l'altitude mise pour ce Pic Central ne montre pas la réalité des Pics de la Cascade, puisque les altitudes vont en augmentant vers le Pic Marboré.

(5) Typique inversion dans les altitudes entre le Pic Saint-Saud et le Camboué. L'erreur vient du Guide Ledormeur ou de sa Carte de 1945, feuille 3, où la position des deux sommets est échangée. En outre, il y a une édition, en 1980, d'une "Carte de randonnées, 5-Luchon, Aure-Louron" de l'IGN à l'échelle 1:50000, où on indique seulement un Pic Saint-Saud de 3043m.

(6) Jacques Jolfre explique que, quand deux pics sont très proches, éloignés de peu de minutes, il signale comme principal le plus haut, ici la Pointe d'Astorg. Ce lieu est problématique depuis toujours, car la cime orographique principale est le Pic Maudit, mais sur la crête, vers le Pic du Milieu, se dresse un bloc qui est plus élevé, la Pointe d'Astorg. Même si nous appliquons la règle des dix mètres de proéminence on ne résout pas ce fait. Il faut choisir : ou établir la Pointe d'Astorg comme vraie cime du Pic Maudit, ou garder les deux cimes, la plus haute (Astorg) et la plus importante (Maudit).

(7) Le pic de Piedras Albas, voisin du Pic Aragüells, figura longtemps dans la cartographie avec 3000 mètres d'altitude. Pic nº 4 d'Estatas avec 3010m dans la carte esquisse "Les Monts Maudits" de Léon Maury en 1945. Et dans la première édition de la carte Alpina "Alto valle del Ésera I - La Maladeta" en 1958, il est répertorié avec une altitude de 3000m. Plusieurs cotes de 3000 mètres au Sud du Lac Cregüeña dans les éditions, la première en 1934 et la deuxième en 1950, de la feuille 180 Benasque de la Carte Topographique Nationale 50k. Aujourd'hui son altitude est de 2998m.

FTer

mardi 22 janvier 2013

Les trois mille fantômes. Aiguille Sud Ouest du pic Abadías.

Le versant sud de la Maladeta domine le vallon de Cregüeña, surplombant de 800 mètres le lac homonyme. Du sommet de la Maladeta la crête des Monts Maudits s'oriente au Sud jusqu'à une paire d'antécimes avoisinant le Col Maudit. Ces proéminences cotent 3279m et 3259m. La plus haute, nommée traditionnellement Cime Sud de la Maladeta, recevait de Buyse le nom de pic Abadías, en mémoire d’Antonio Abadías originaire de Benasque, surnommé "le lion d'Aneto". Il était le gendre de José Sayó " Pepe el de Llausia ", lui aussi benasquais, qui aurait été le gardien du refuge de la Renclusa à partir de son inauguration prévue le 5 août 1916. Mais la mort l'emportait le 27 juillet, foudroyé sur le Pont de Mahomet, tout comme son client l'allemand Adolf Blass. Voir le récit du fait écrit par Mosén Oliveras, témoin oculaire, dans son livre "Els llamps de la Maleïda" [Gili, Barcelona, 1917; Cossetania, Valls, 2003]. Donc Antonio Abadías, marié avec Teresa Sayó, fut le premier gardien de la Renclusa après son inauguration reportée en 1917 à cause du drame arrivé.

De l'antécime la plus basse, qui est restée sans nom étant donné son manque de proéminence (cote restante 1093 de Buyse), se détache au Sud-Ouest un éperon très important, qui forme dans son côté Sud-Est la grande paroi connue comme Paroi du Pic Abadías ou Paroi du Contrefort de la Maladeta. Elle est composée par trois éperons et offre, paroles de connaisseurs, le meilleur granit de tout le massif [Dalmau, Joan Miquel. "3404 Aneto", Barrabés, 2001].

À l'extrémité la plus occidentale du dit éperon, il y a une aiguille entièrement détachée du reste du contrefort. Aiguille qui reste ignorée dans les guides d'escalade publiés, elle n’est pas répertoriée non plus parmi les cotes restantes de Buyse. Une vague référence sur elle figure dans le Guide Posets-Maladeta du C.E.C. œuvre d'Armengaud et Jolís : L'itinéraire nº 332, qui monte à la Maladeta, esquive un gros gendarme par la droite [André Armengaud le 3 août 1954]. Ce gendarme est l'Aiguille. Une autre voie toute proche fut ouverte par Dulloit et Gallego en juillet 1972 dans la face Sud-Ouest de la Maladeta, mais ils ne font aucune référence à l'Aiguille [Revue Annuelle du Groupe Pyrénéiste d'Haute Montagne, Altitude nº 49, p.29].

Aiguille SW d'Abadías prise depuis la crête de Cregüeña. (Auteur: Alfredo Goitia)

Jesús Mari et Josu se décidèrent à reconnaître l'Aiguille les 12 et 13 août 2012. Ils partirent du refuge de pêcheurs à Coronas pour aller bivouaquer au lac de Cregüeña. Le lendemain ils gravirent l'Aiguille. Pour prolonger l'escalade ils s'engagèrent dans la face Sud-Ouest, et terminèrent par deux longueurs de corde de V+ pour accéder à la hourque de l'Aiguille traversant horizontalement le côté Nord. Jusqu'à cette fourche l'accès direct est aussi possible en utilisant un des couloirs dans le versant Nord-Ouest (III). La longueur suivante débute au col par un passage de V, étant par la suite du IV soutenu. Ils trouvèrent un piton avec une sangle pourrie à 10 mètres sous la cime. Restent en place un piton dans le passage des blocs sommitaux et deux cordelettes avec maillon au sommet pour le rappel.

Voie d'escalade empruntée par Jesús Mari et Josu. (Auteur: Josu Linaza)

À la recherche de notes d'ascensions antérieures, nous avons demandé aux connaisseurs de la zone. Personne n’a pu nous renseigner jusqu'à une communication reçue depuis Hernani : Iñaki Zuza nous signalait l'ascension de l'Aiguille par A. Gorrotxategi et Iñaki Ruiz en septembre 1985, et que le matériau trouvé était à eux. Gorrotxategi le confirma. C’est probablement la première ascension attestée de l'Aiguille.

Jolie vue de l'Aiguille prise à sa hauteur depuis l'éperon. (Auteur: Josu Linaza)

L'Aiguille Sud-Ouest d'Abadías a une proéminence de 22 mètres, ce qui fait d'elle le plus important des trois mille fantômes que nous ayons trouvé à cette date.

Données techniques :
Aiguille SW d'Abadías:.... 31T 306361 4723946 z:3085
Hourque:................... 31T 306372 4723956 z:3063

Consultez l'activité dans le lien suivant :
Aiguille SW. d'Abadías.

FTer

mercredi 19 décembre 2012

La liste des trois mille de Sabino Echeandía (1978).

La vulgarisation des listes des trois mille se poursuit. L'apport basque vient de la main de Sabino Echeandía, qui, en 1978, publie une liste dans la revue Pyrenaica, organe de la Fédération Basque de Montagne (pages 30 à 34 du numéro double 112-113).

Les cimes, avec leurs noms et altitudes, sont tirées de la cartographie de l'Editorial Alpina qui, à cette date, comprend déjà dans sa totalité les zones des trois mille. Les sommets français de la zone du Néouvielle sont l’exception et, Sabino Echeandía ne citant pas ses sources, c’est ici que nous pouvons trouver des erreurs dans la toponymie employée, à côté d'absences remarquables (Crabounouse, Estibère Male, Maou). Un petit groupe de trois mille est tiré de la carte-esquisse jointe dans le guide du CEC Posets-Maladeta. Le nom de Tuc (Punta de las Olas) dévoile qu'il a consulté aussi le guide Vignemale-Monte Perdido du CEC, traduction du guide Ollivier.

Les cartes Alpina les plus récentes qui peuvent avoir été utilisées à cette date sont les suivantes :

La Maladeta-Aneto (207) 1:25000, 7ème édition 1977.
Posets-Benasque (206) 1:25000, 6ème édition 1974.
Montardo-Aigües Tortes (209) 1:25000, 8ème édition 1977.
Pica d'Estats-Vall Ferrera (211) 1:40000, 5ème édition 1977.
Valle de Ordesa-Vignemale (204) 1:40000, 4ème édition 1977.
Panticosa-Formigal (203) 1:25000, Echeandía cite cette carte, œuvre de Xabier Coll, comme source, mais la première édition date de 1979.

Les sommets signalés sont de 125, nombre en accord avec ceux d'autres listes publiées en ce temps-là.

La finalité du relevé, selon l'auteur, est de présenter de nouveaux objectifs aux montagnards parmi les altitudes maximales des Pyrénées, qui, à son avis, "se résument souvent à quelques noms de sommets".

Il est possible de voir sur Internet les numéros anciens de la revue dans le site web de Pyrenaica.

De toute façon nous reproduisons ci-dessous la liste de Sabino Echeandía :

Cartographie Alpina.    
Piedrafita Panticosa.    
(Xavier Coll)    
     
CIME Altitude  
Balaitus 3151  
Frondiellas (Picos de las) 3000  
Frondiellas (Picos de las) 3025  
Frondiellas (Picos de las) 3000  
Frondiellas (Picos de las) 3006  
Gran Facha 3006  
Infierno. Occidental (Picos del) 3072  
Infierno. Central (Picos del) 3076  
Infierno. Oriental Picos del) 3056  
Garmo Negro 3051  
Algas 3021  
Argualas 3041  
     
     
Cartographie Alpina.    
Ordesa Vignemale.    
(Xavier Coll)    
     
CIME Altitude  
Petit Vignemale 3032  
Pta. Chausenque 3025  
Pitón Carré 3198  
Pique Longue 3303  
P. de Clot de la Hunt 3285  
P. de Cerbillonar 3235  
Pic Central 3222  
Pic de Montferrat 3212  
Pico de Tapou (G) 3143  
Pico de Tapou (M) 3130  
Gabieto Oriental 3031  
Gabieto Occidental 3034  
El Taillón 3144  
El Casco 3006  
Torre de Marboré 3012  
Espalda de Marboré 3077  
Pic Occ. de la Cascada 3099  
Pic Central de la Cascada    
(o Brulle) * 3088  
Pic Or. de la Cascada 3165  
Pico de Marboré 3253  
Cilindro de Marboré 3328  
Pico de Astazú Occ. 3024  
Pico de Astazú Or. 3080  
Monte Perdido 3355  
Sum de Ramond 3254  
Tuc * 3018  
P. Robiñera 3003  
La Munia 3134  
Petit Munia 3096  
Sierra Morena 3090  
Pic de Troumouse 3085  
Pic de Heid 3022  
     
* selon le guide    
Vignemale-Monte Perdido    
     
     
Sans cartographie.    
     
CIME Altitude  
Pic Long 3194  
Neuville 3092  
Trois Conseillers 3056  
Turón de Neuvielle 3042  
Ramoungn 3010  
Bugarret 3036  
Badet 3161  
Campbiell 3175  
Lentille 3166  
Esteragne 3005  
     
     
Cartographie Alpina.    
Poset Perdiguero    
(Ramón de Semir)    
     
CIME Altitude  
Punto Ledormeur 3120  
Pico de Bachimala 3177  
Punto del Sable 3143  
Pico de Clarabide 3028  
Pico de Gias 3011  
Pico de St. Saud 3045  
Pta. Lourde Rocneblare 3104  
Pico de Gourgs Blancs 3129  
Pico de Oô (Arlaud) 3065  
Pico de Baquo 3114  
Pico del Portillón de Oô 3050  
Pico de Perdiguero 3221  
Pic Royo 3121  
Punto de Lliterola 3132  
Pico Occ. de Crabioules 3106  
Pico Or. de Crabioules 3116  
Aguja de Crabioules 3025  
Pico de Maupas 3109  
Bagueñola o Eriste Sur 3045  
Bagueñola o Eriste Central 3053  
Bagueñola o Eriste Norte 3025  
Pico de la Forqueta 3007  
Tucon Royo (o Pavots) 3121  
Llardaneta 3332  
Las Espadas 3329  
Diente de Llardana 3085  
Pico de Posets 3375  
Los Gemelos 3160  
Pico de Bardamina 3079  
     
     
Cartographie CEC.    
Guide Posets Maladeta    
     
CIME Altitude  
Culfreda o Batua 3034  
Pic Lustou 3026  
Abeille 3036  
Pequeño Bachimala 3062  
Spijeoles 3065  
Pic Belloc 3008  
Pic Lezat 3099  
Pic Quairat 3059  
     
     
Cartographie Alpina.    
Maladeta Aneto    
(Ramón de Semir)    
     
CIME Altitude  
Pico de Boum 3006  
Pico de Alba 3118  
Diente del Alba 3136  
Pico le Bondidier 3185  
Maladeta Occidental 3 3185  
Maladeta Occidental 2 3220  
Maladeta Occidental 1 3254  
Pico de la Maladeta 3308  
Pico de Enmedio o Maldito 3350  
Punta Astora 3355  
Pico del Medio 3346  
Pico de Coronas 3293  
Pico de Aragüells 3037  
Pico de Aneto 3404  
Agujas de Aneto 3350  
Aguja Franqueville 3065  
Aguja Tehihatcheff 3052  
Aguja Argarot 3035  
Espalda de Aneto 3350  
Pico de las Tempestades 3290  
Pico Margalida 3241  
Pico Rusel 3205  
Tuc de Mulleres 3010  
Pico Occ. de Valliberna 3062  
Pico Or. de Villaberna 3067  
     
     
Cartographie Alpina.    
Montardo Coma lo Forno    
(Rosendo la Blanch)    
     
CIME Altitude  
Bisiberri Nord 3014  
Bisiberri del Mig 3003  
Bisiberri Sud 3030  
Coma lo Forno 3032  
Punta Passet 3002  
Punta Alta 3014  
     
     
Cartographie Alpina.    
Pica d'Estats Mont Roig    
(Ramón de Semir)    
     
CIME Altitude  
Pic de Sotllo 3073  
Pica D'Estats 3143  
Pic de Montcalm 3077  
     

FTer

lundi 24 septembre 2012

Les trois mille fantômes. Antécime NE. de la Maladeta.

Vue du Portillon de Benasque, la Maladeta semble le sommet le plus élevé des Monts Maudits. L'Aneto, au second plan, ne montre pas sa proéminence. La haute vallée de l'Ésera fut le théâtre, au cours de la Guerre de Succession de la Couronne Espagnole, d'opérations et de combats entre les armées de l’Archiduc et de Philippe V. On dit que le Port de la Picade tire son nom d'une escarmouche livrée là. On n'est pas étonné que le massif soit représenté, depuis les débuts de la cartographie, dans la carte de Roussel et de La Blottière et sa légende, publiée en 1730. Raymond d'Espouy signale dans un article du Bulletin de la Société Ramond en 1940, que le dessin de la Maladeta dans cette carte fut dressé de ce lieu même par La Blottière [Jean Escudier. L'Aneto et ses hommes].

Il faut signaler que le nom Maladeta, que Ramond popularise comme maudite en écrivant "Maladetta" et, en mélangeant italien et castillan, veut seulement dire dans la langue du pays: la montagne.

Aux débuts du pyrénéisme et jusqu'à ce que, en 1820, on ne peut douter davantage de la suprématie de l'Aneto, tous les regards se tournent vers la Maladeta et on tentera la conquête du sommet. La première et timide tentative vient de Ramond, qui, en 1787, accédant par la vallée de Paderna, parcourt la base des glaciers d'Alba et les branches occidentale et orientale de la Maladeta. En montant par ce dernier, seul, abandonné par ses guides, il atteint, immergé dans le brouillard, une crête que son récit ne permet pas d’identifier, mais qui aurait bien pu être la crête des Portillones.

La tentative suivante fut inspirée par Lapeyrouse. Brouillé avec Ramond, il propose à son ami Ferrière de surpasser l'Alsacien en conquérant la Maladeta. En 1800, Ferrière et son guide Barrau atteignent un point sur la crête des Portillones et, ne pouvant pas continuer, font demi-tour.

En 1802 Cordier et Bruun-Neergaard, renseignés par Ferrière, tentent la cime. À nouveau, Barrau est du raid. Et à nouveau ils suivent la crête des Portillones. Cordier est plus explicite, il nous relate qu’ils vont trouver un mauvais pas qui, sur 200 mètres, leur demande une demi-heure d'efforts, suspendus aux rochers, aussi bien d'un côté que de l'autre de la crête. Ils arrivent à l’endroit où Ferrière avait fait demi-tour et ils ne peuvent pas non plus surmonter l'obstacle. Bruun-Neergaard se retire, mais Cordier et Barrau réussissent à descendre sur le glacier de la Maladeta et, en le suivant, atteignent le col de la Rimaye, où ils ne peuvent plus progresser. Le lieu atteint est connu comme le rocher des "Deux Hommes". Malgré l'échec, Barrau doit avoir vu une possibilité, puisqu’il atteindra la cime à sa tentative suivante.

D'autres expéditions, menées par Candolle, Jean de Charpentier et De Marsac, ne semblent pas avoir remporté de meilleurs résultats [Alberto Martínez Embid. Aneto, el monarca del Pirineo].

Des années se sont écoulées quand Frédéric Parrot requiert les compétences de Barrau pour une autre tentative à la Maladeta. Montant tout droit par le glacier, ils atteignent les Deux Hommes et, dépassant l'obstacle au moyen d'un appui sur les épaules, ils parviennent au point culminant. C’est le 28 septembre 1817. Du sommet Parrot remarque la supériorité de l'Aneto et regrette de ne pas pouvoir y accéder. Son nom se perpétue au Parrotspitze, remémorant une tentative de l'Allemand au Monte Rosa.

Le Bondidier fit une proposition, qui échoua, de donner le nom de Pic Parrot au Premier Pic Occidental de la Maladeta (Pic Cordier) et le nom de Pic Charpentier au Second (Pic Sayó) [Bulletin Pyrénéen, 1947. p.84].

Entre les deux voies normales de la Maladeta se trouve la crête des Portillons qui descend depuis la cime jusqu'au Portillon Supérieur en formant quelques pointes. La voie des premières tentatives est aujourd'hui rarement suivie. On dit en tous lieux que la première est l’œuvre de Frédéric Lung avec Castagné et Courrége le 9 août 1911 [CEC. Guide Posets-Maladeta, 1968]. Mais dans les carnets d'Emili Juncadella, qui faisait cette ascension le 24 août 1912 avec Jean Haurillon et José Sayó, on révèle que ceux-là ne parcoururent pas la crête dans sa totalité, car ils abordèrent la deuxième aiguille par le glacier de la Maladeta, et après l’avoir gravie ils revinrent à la neige, en longeant la paroi finale [David Vilaseca Basco. Emili Juncadella. Aventures d'un burgès als Pirineus. Cossetania, Valls, 2004].

Crête des Portillones à la Maladeta depuis le pluviomètre. (Auteur: Luis Mata)

Buyse dans sa liste de cotes restantes signale deux cotes dans cette crête : la 1090 de 3038m et la 1091 de 3235m, cette dernière nommée Antécime NE de la Maladeta. Luis Mata parcourait la crête en prenant des mesures le 21 juillet 2012. La première des pointes a huit mètres de proéminence. La deuxième, l’Antécime NE de la Maladeta, offre une proéminence vers la cime principale de onze mètres. Il y a deux autres pointes plus hautes, mais avec trois ou quatre petits mètres de proéminence.

Maladeta et Antécime NE. depuis la base du Pic Pico Maldito. (Auteur: Luis Mata)

Le SITAR signale une altitude de 3234,87m pour cette antécime avec une proéminence de 13,25m. Celle-ci est citée dans l'œuvre d'Angulo "Pyrénées. 1000 ascensions" avec 3230m et innommée.

Données techniques : Antécime NE de la Maladeta ......... 31T 306716 4724368 z:3248m
Brèche de la Antécime .............. 31T 306663 4724335 z:3237m

Consultez l'activité dans le lien suivant :
Antécime NE. de la Maladeta.

FTer