vendredi 25 mai 2012

Les trois mille fantômes. Nudillo du Mont Perdu.

Entre le Cylindre du Marboré et le Mont Perdu se dresse une crête où les strates de la roche calcaire ont pris une position verticale. La paroi Est du Cylindre montre bien clairement le plissement brutal dont a pâti le rocher. Les couches successives qui apparaissent sur la crête ont supporté l'érosion de différente manière et quelques-unes ont formé le piton du Doigt. Entre celui-ci et le Cylindre certaines strates se sont maintenu élevées et composent deux petites proéminences écartées du Doigt par une brèche profonde de 14 mètres. Cette conformation se distingue très bien depuis le Piton SW du Cylindre, d’où on peut remarquer comment quelques strates sont érodées et d'autres non en formant une sorte de gâteau feuilleté. Une corniche qui suit l’une de ces strates unit par le côté Sud le col du Cylindre à la brèche entre Nudillo et Doigt, elle est praticable sur toute sa longueur.

Nudillo et Doigt du Mont Perdu depuis le Piton SW du Cylindre. (Auteur: Martín Garmendia)


Les premiers parcours de la crête entre le col du Cylindre et le sommet du Mont Perdu ont une histoire curieuse. On peut en lire le récit dans l'œuvre toute récente d'Alain Bourneton : « Gavarnie. Histoire d'un grand site ». Éditions Le pas d'oiseau, Toulouse, 2010.

À Gavarnie, un des problèmes de l'époque consistait à raccourcir l'itinéraire du Mont Perdu, qui était la course la plus demandée. En effet, à partir du village on se servait de deux voies : par la Brèche de Roland, en parcourant tout le versant Sud des Marborés, en dormant aux cabanes de Goriz ; ou en passant par la Brèche de Tuquerouye pour monter au col du Cylindre et par le couloir NW parvenir au sommet. D'ordinaire, les deux chemins se combinaient : la montée par Tuquerouye et le retour par la Brèche de Roland.

Sur la carte, l'accès le plus direct impliquait de passer par les Rochers Blancs. Il semble que ce parcours fut découvert par Laurent Passet, qui proposa en 1861 à Russell de réaliser cette première, selon Beraldi. Bien que l’on ait des doutes sur l'année qui pourrait être 1858, le 13 septembre comme c’est écrit dans le registre de l'Hôtel des Voyageurs.

En résumé, la course se fit en atteignant le col d'Astazou directement depuis Gavarnie. De là ils passèrent sur le glacier du col du Cylindre et poursuivirent par la crête. Ils durent forcément traverser le Nudillo, descendre à la brèche précédant le Doigt, longer ce dernier par les corniches existantes du côté Nord, et enfin, parvenir sur la cime par la partie supérieure du couloir NW.

Mais ce qui n'était pas rare à l'époque, Laurent Passet aurait vendu cette première trois fois, selon Bourneton dans son livre.

Quelqu'un nommé Armengaud décrit cette course dans un livre publié en 1861 : « Escapades d'un homme sérieux », E. Dentu, París. Il offre assez de détails qui rendent crédible son ascension, et donc a pu devancer celle de Russell. Voici un extrait de son récit où il décrit la crête au-dessus du col du Cylindre : « Entre le Cylindre et le Mont Perdu se trouve une arête formidable que l'on peut comparer à un immense coutelas, ou plutôt au cou d'un cheval monstre, hérissé d'une effroyable crinière. Du côté du premier mont, l'inclinaison est très douce, et l'on peut y poser le pied sans crainte. Mais on se trouve bientôt devant une forêt de dents aiguës, sur lesquelles il faut tour à tour marcher, gravir et ramper avec beaucoup de prudence, sous peine de perdre l'équilibre et d'aller gesticuler en Espagne. À nos pieds du côté nord, commencent à se dérouler des nappes de neiges éternelles, qui se transforment bientôt en immenses gradins d'une glace qui est la plus belle des Pyrénées [...]. Nous aboutîmes à une console de trois décimètres de largeur. Du sang-froid ! car il faut poursuivre sans que la main trouve où s'accrocher ! Autour de nous une ceinture de gouffres, où il faut se garder de plonger l'œil trop complaisamment, car le vertige est fatal ! [...] ».

Et dans une rarissime plaquette intitulée "Le Marboré et le Mont Perdu - Juillet 1861" M. Fournier, notaire de Bordeaux, rédige le récit d'une autre de ces premières : « Le 25 juillet, accompagné de Laurent Passet et de Fortané, je quittai l'auberge de Gavarnie à trois heures du matin... ».

Quoi qu'il en soit, cette cote n'est même pas comprise dans la liste de cotes restantes de Buyse, ni n’est citée par Angulo, Alejos ni Capdevila. C'est vrai qu'elle est très peu visible, car de presque tous ses alentours, la crête semble se dérouler sans discontinuer jusqu'à culminer dans le Doigt du Mont Perdu.

Le 13 avril 2011, Martín Garmendia explorait la crête, avec d'autres aiguilles dans le versant Est du Cylindre, trouvant une altitude pour la cote du Nudillo de 3176,1 mètres, et dans la brèche qui le relie au Doigt de 3160,9 mètres. Donc une proéminence de 15,2 mètres. L'altitude de cette cote-ci notée dans la cartographie du Servicio de Información Territorial de Aragón (SITAR) est 3174,05m. La cote 3174 est aussi signalée dans la feuille 146-IV Monte Perdido de la Carte Topographique Nationale d'Espagne au 1/25000, 2ème édition, 2006.

Le nom de Nudillo du Mont Perdu est inspiré par sa forme et son emplacement près du Doigt du Mont Perdu. Le mot "nudillo" est en espagnol la jointure des doigts de la main.

Crête entre le col du Cylindre et Mont Perdu vue du versant Est du Cylindre. (Auteur: Martín Garmendia)


Données techniques :

Brèche Nudillo-Doigt ......... 31T x:256842 y:4729687 z:3160,9m
Nudillo du Mont Perdu.... 31T x:256811 y:4729751 z:3176,1m

Consultez l'activité dans le lien suivant :
Nudillo du Mont Perdu.

FTer

mardi 17 avril 2012

Liste des trois mille de Salvador Morales (1973).

Suivant la tradition aragonaise, Salvador Morales limite sa liste des trois mille à ce territoire. Le "Club des trois mille" naissant, qui motivait Lorenzo Almarza depuis 1932, n'envisage pas encore la Chaîne dans son ensemble. Salvador Morales mentionne que sa liste est établie d’après sa recherche sur le terrain. Nous observons que, dans un cas, il s'est servi des cartes d'Editorial Alpina qui commencent à paraître en 1946. La première carte Alpina comprenant des zones avec des trois mille fut celle de "La Maladeta-Aneto", édition 1958. Il se glisse dans la liste quelques erreurs toponymiques ou de compréhension de noms français, ainsi que d'altitudes.

La liste fut publiée en 1973 dans le "Boletín de Montañeros de Aragón" nº 22, club dont Morales était membre, avec le titre : 92 "tres miles" aragoneses. Les montagnes mentionnées sont, pour la première fois, regroupées par massifs ou vallées dans un ordre Ouest-Est suivant l'usage concerté de l'écriture/lecture dans la représentation cartographique du territoire.

Nous reproduisons strictement la liste de Salvador Morales ci-dessous et annotons le plus remarquable.

PIEDRAFITA
Moros (Balaitus)3150m(1)
Frondella3006m
Faja (Gran Fache)3013m
Infierno Occidental3076m
Infierno Central3090m
Infierno Oriental3065m

PANTICOSA
Argualas3041m
La Bandera3021m(2)
Garmo Negro3051m
Arnales3006m

VIGNEMALE
Vignemal (Long Pic)3303m(3)
Clot de Hount3298m
Cerbillona3247m
Central3235m
Montferrat3220m
Tapou3148m

ORDESA-PINETA
Gabietou3031m
Taillón3141m
Casco3006m
Torre de Marboré3012m
Espalda de Marboré3077m
Cascada Occidental3099m
Cascada Central3029m
Cascada Oriental3088m
Marboré3253m
Astazu3080m
Pequeño Astazu3024m
Cilindro3328m
Monte Perdido3355m
Soum de Ramond3254m

BARROSA
Trumouse3086m
Sierra Morena3090m
Munia3134m
Robiñera3006m

BALINA
Batoa3035m
Ledormeur3120m
Batchimale3029m(4)
Bachimala3177m
Punta Sable3143m

POSETS
Gemelo Norte3125m
Gemelo Sur3160m(5)
Posets (Llardana)3375m
Espadas (Lardaneta)3332m
Tucón Royo3121m
Tucón de la Canal3085m(6)
Forqueta (Turets)3007m
Bardamina3079m

Eristes o Bagüeñolas
Norte (Beraldi)3025m
Central (Eriste)3053m
Sur3045m

ESTÓS
Claravide3028m
Gias3011m
Rochneblave3104m
Gorgas Blancas3129m
Oô (Arlaud)3065m
Seil de la Baquo3114m
Cap de la Baquo3106m
Pico Portillón de Oö3050m
Perdiguero3221m
Hito del Perdiguero3170m
Royo3136m
Literola3132m
Gabrioules Occidental3106m
Gabrioules Oriental3116m
Aguja3025m(7)
Maupas3109m
Boum3004m

BENASQUE
Alba3118m
Diente de Alba3136m
Maladeta Occ. pico 3º3195m
Maladeta Occ. pico 2º3220m
Maladeta Occ. pico 1º3308m(8)
Maladeta Oriental3308m
Maldito3350m
Astorg3354m
Medio3345m
Coronas3310m
Aneto3404m
Espalda del Aneto3350m
Aragüelles3037m
Bondidier3000m
Piedras Albas3000m(9)
Gregüeña3002m
Valliberna Occidental3062m
Valliberna Oriental3067m
Aguja Frankeville3066m
Aguja Tchinchef3048m
Aguja Argarot3030m
Tempestades3290m
Margalida3241m
Mulleres3010m


(1) Salvador Morales utilise le mot Moros pour dénommer le Balaïtous. C’est une appellation exclusive au sud de la frontière. Les études d'Alberto Martínez Embid signalent que le nom provient du proche Pic Palas, anciennement nommé Castet deus Mourrous en France. Il semble que l'échange de dénomination est dû à l’ingénieur Lucas Mallada dans son œuvre "Memorias de la Comisión del Mapa Geológico de España" (1878). Ultérieurement il réapparaît dans un écrit de Juli Soler i Santaló sur le val de Tena en 1911. Plus tard dans la revue Peñalara en 1934. La première édition de la feuille Panticosa de la carte Alpina, où il figure aussi comme Pico Moros, est plus tardive que la liste de Morales puisqu’elle date de 1979. Une étude exhaustive du toponyme Moros, où les sources sont signalées, est donnée dans l'œuvre de Marta Iturralde "Mitología del Balaitús", Editorial Barrabés, Zaragoza, 2005. Pages 43-50.

(2) Il veut dire Pico Algas. Néanmoins le nom La Bandera est utilisé à tort, étant donné que le jour de fête de la Vierge du Carmen, 16 juillet, on montait un drapeau sur un sommet visible des bains de Panticosa. Or le faîte de l’Algas n'est pas visible de là. La cime la plus évidente depuis les bains est l'Argualas, mais la plus facile à atteindre est le Garmo Negro. Dans le livre de Buyse "Les trois mille des Pyrénées" on cite les paroles de José Ignacio López sur cette coutume, notant que le pic ascensionné était l'Argualas ; or les Français appelaient Arollas ou Argalas le Garmo Negro.

(3) Erreur typique dans l'usage de Pic Long pour dénommer la Pique Longue.

(4) Ici Batchimale vient désigner le Pic de l’Abeillé. La cartographie ancienne abonde dans l'usage du nom Batchimale pour signaler le 3000 septentrional de la crête, l'Abeillé. Le sommet dominant, le Grand Batchimale ou Pic Schrader, recevait à tort le nom de Pic Pétard. Carte de Franz Schrader Pyrénées Centrales, Feuille 2 : Posets Mts. Maudits. Erhard imprimeur, 1892. Aussi dans le Guide Soubiron (1931).

(5) Nom traditionnel des deux pointes des Gemelos (Jumeaux), Nord et Sud, et de plus avec leurs vraies altitudes. Les anciens Pics de la Montañeta, nommés ensuite Ledormeur, semblaient avoir trouvé un nom définitif... jusqu'à la venue de Buyse.

(6) C'est la Dent de Llardana, aussi nommée Tucón de la Canal. Henri Brulle, à l'occasion de la première ascension en juillet 1913 l’a baptisée Grande Dent.

(7) C'est l'aiguille dans la crête Est du Crabioules Oriental, aujourd'hui dénommée Aiguille Jean Garnier. Nom pris avec certitude dans la cartographie d'Editorial Alpina, car le mot Aiguille figure déjà à l'Est des Crabioules dans la première édition de la carte "Alto valle del Ésera II - Posets" publiée en 1960. L’appellation provient de Buyse : Jean Garnier décéda en 1988, et le nom de baptême apparaît dans la liste du premier livre de Buyse en 1990. Aucune aiguille ne figure dans la liste publiée dans la revue Pyrénées en 1988.

(8) Les altitudes des trois Pics Occidentaux de la Maladetta sont erronées.

(9) Le pic de Piedras Albas, voisin du Pic Aragüells, figura longtemps dans la cartographie avec 3000 mètres d'altitude. Pic nº 3 d'Estatas avec 3010m dans la carte esquisse "Les Monts Maudits" de Léon Maury en 1945. Et dans la première édition de la carte Alpina "Alto valle del Ésera I - La Maladeta" en 1958 il est répertorié avec 3000m d'altitude. Aujourd'hui son altitude est 2993m.

FTer

mercredi 14 mars 2012

Les trois mille fantômes. Antécime Nord du Sullo.

Le trois mille le plus occidental dans la zone d'Estats, est relié à la Pique d'Estats par le col frontalier de Sullo, borne où convergent les voies normales du Nord et du Sud. La frontière trace au sommet presque un angle droit : d'une orientation Est Ouest en venant de la Pique, elle tourne Sud Nord sur cette cime jusqu'au sommet proche du Guins de l'Ase. Le pic de Sullo est la naissance de trois vallées considérables, au Nord Est la vallée française de la Cometa d'Estats, au Sud la Vall Ferrera, au Nord Ouest la vallée de Broate.

Pic du Port de Sullo depuis la Pointe Verdaguer (Auteur : Joseba Calzada)


La première ascension vérifiable du Pic de Sullo fut accomplie par Jean d'Usel en 1902. Ici la toponymie espagnole, si elle doit servir à quelque chose, est génératrice de confusion. L'ancien nom de ces montagnes sur le versant de Vall Ferrera, y compris la Pique d'Estats, fut toujours Sulló. Mais les noms de Sulló et d'Estats étaient utilisés pour dénommer l'actuel col de Sotllo (2893m). La triangulation française s’appuya sur le signal de premier ordre du Montcalm, l'espagnole choisit comme signal la pointe la plus orientale des trois cimes de la Pique, aujourd'hui Pointe Gabarró, et l’appellation que reçut le signal fut Sulló. Le nom surprenant ici, par conséquent, c'est la Pique d'Estats (le vrai Sulló), dont l'origine est incertaine : peut-être un modernisme tire du le col tout proche ou comme certains le suggèrent il pourrait venir du lieu où se joignaient en d'autres temps la France, l'Espagne et l'Andorre. Mais "état" est un concept très récent et, dans ce cas, le nom devrait être "des trois états"; il pourrait aussi avoir la même origine que Astazous ou Estaubé dans le sens de lieu pastoral, du latin statu [Robert Aymard]. Signalons que le nom espagnol actuel du Pic Sotllo était Pic du Port de Sullo, nom que la toponymie française a conservé.

Sur la crête frontalière nord du Sullo, juste au lieu où elle s'abaisse sur le Col des Guins de l'Ase, on trouve une aiguille ou antécime au-dessus des 3000 mètres qui, selon la cartographie de l'ICC, est détachée du sommet principal par une brèche profonde de plus de dix mètres. Sur la crête occidentale et à une distance similaire du sommet se trouve aussi une autre antécime identique mais moins importante. Ces deux cotes ne sont pas répertoriées dans la liste Buyse des cotes restantes. La première est signalée par Miguel Angulo dans son livre "Pyrénées. 1000 ascensions. Vol. V" comme Antécime Nord avec une altitude de 3050m.

Pic du Port de Sullo et Sullo Nord depuis le col homonyme (Auteur : Joseba Calzada)


En 20 août 2009 Joseba Calzada prend les mesures GPS à la brèche notant une altitude de 3054,9m et à l'Antécime Nord de 3066,7m, donc une valeur pour la proéminence de 11,8m (la cartographie 1:5000 de l'ICC signale les valeurs de 3047,3m et 3058,2m respectivement).

Cartographie 1:5000 de l'I.C.C.


Données techniques :

Brèche Sullo-Sullo N ...... 31T x:367958 y:4725592 z:3054,9m
Sullo N ................ 31T x:367957 y:4725611 z:3066,7m

Consultez l'activité dans le lien suivant :
Sullo Nord.

FTer

mardi 24 janvier 2012

Les trois mille fantômes. Crabounouse Nord.

À l'ombre du Pic Long, versant Nord, se trouve le lac Tourrat (gelé en patois). Jusqu'au milieu du siècle dernier, les glaçons détachés du glacier nord quasiment disparu aujourd'hui, fendaient ses eaux d'un vert pâle particulier. Son emplacement dans l'un des endroits les plus ignorés des Pyrénées explique qu'il fut fréquenté tardivement. Effectivement, au milieu d'un cirque de cimes dépassant les 3000 mètres, son accès naturel depuis Pragnères, par la vallée de Barrada, est défendu par les ressauts difficilement praticables du cirque d'Érès Lits et la gorge de Marraut, les portes d'entrée les plus courantes étant le col de Pierrefitte abordable depuis le village de Villenave au dessus de Luz, le col Rabiet depuis Barèges, où se trouve le refuge ouvert Packe restauré (le deuxième des Pyrénées en ancienneté après le refuge de Tuquerouye et comme lui, œuvre de Lourde-Rocheblave) et la Hourquette de Bugarret depuis Cap de Long.

Un grand relief granitique sans hautes cimes ferme le bassin à l'Ouest du Lac Tourrat. L'endroit se nomme Crabounouse et forme trois buttes qui se dépassent à peine l'une de l'autre. La plus élevée, la Pale de Crabounouse, donne naissance à une crête considérable qui part à l'Ouest, offrant les pics délaissés de l'Espade et d'Estragna. Au Nord, la croupe granitique s'abaisse doucement jusqu'aux alentours du lac Rabiet et porte le nom de Crête de Crabounouse. Le versant Ouest de cette croupe est très escarpé, il y existe un itinéraire totalement oublié qui atteint le sommet depuis le cirque de Érès Lits, en suivant le parcours sauvage du ravin et du lac de Crabounouse.

Le mot Crabounouse, aussi Carbounouse, semble se rapporter aux rochers carbonifères gris-bleuté qui se trouvent sur le versant Sud Ouest. Du latin "carbon", en gascon "crabou" (Robert Aymard. Toponymie des trois mille).

L'isolement de la zone justifie que sa conquête soit relativement tardive. Malgré sa parution déjà dans la carte d’État-Major et sa citation par Russell en 1868, elle ne sera foulée, avec ses voisins Bugarret et Dent d'Estibère Male, que le 13 août 1890 par Brulle et De Monts, guidés par Célestin Passet et Bernat-Salles. Brulle fait une mention express des cinq pointes trouvées.

La cime nord du trio, cote restante 1045 de Buyse, remplit les prémisses établies, présentant une petite brèche avec la cime principale. Luis Alejos la signale comme antécime de la pale de Crabounouse. Miquel Capdevila et Hipólito Maeso la citent aussi, s'écartant tous les deux légèrement de leur parcours pour fouler la cime nord.

Pale de Crabounouse et Crabounouse Nord depuis la crête Ouest du Pic Long (Auteur : Joseba Calzada)


Le 27 juillet 2008, Joseba Calzada et Agustín Bakaikoa parcourent les cimes de Crabounouse et Bugarret. Sa mesure dans la brèche qui relie la cime centrale et la nord montre une proéminence de onze mètres pour celle-ci.

Track des pointes du Crabounouse (Auteur : Joseba Calzada)


Données techniques :

Crabounouse Nord........ 31T x:262098 y:4743396 z:3021,5m
Brèche......................... 31T x:262049 y:4743336 z:3010,5m
Pale de Crabounouse.... 31T x:261976 y:4743272 z:3028m

Consultez l'activité dans le lien suivant :
Crabounouse Nord.

FTer

mercredi 19 octobre 2011

Liste des trois mille de l'Anuario de Montañeros de Aragón (1968).

Dans le livre de Juan Buyse "Les trois mille des Pyrénées" on trouve un résumé des listes précédentes. Parmi celles-ci, l'auteur est stupéfait de trouver une liste, publiée par Montañeros de Aragón en 1968, dont l’inventaire des sommets est, pour le moins, surprenant. Nous avons analysé d'où vient la surprise de Buyse (voir : liste d'Almarza). Alberto Martínez Embid a eu la gentillesse de nous fournir la copie de la dite publication. Nous pensons ne pas abuser de sa confiance en la reproduisant ici.

En examinant cet état, n'oublions pas qu’il date de 1968, il n'est pas étonnant que Buyse reste pantois et qu'il l’exprime : "Il est facile d'imaginer le nombre d'interrogations que formulera le lecteur à la vue de si grandes absurdités. Remarquons que de cette publication jusqu'à aujourd'hui, 22 ans se sont écoulés seulement. Y aura-t-il une erreur dans la date de publication ?" (Edition de 1990).

Il n'y a pas d'erreur dans la date de publication : Bulletin nº 4 de Montañeros de Aragón, mais oui dans l’élaboration supposée par Buyse, puisque c’est une copie de la liste d'Almarza de 1932. Celui qui fit le calque ne tint pas compte que la liste d'Almarza était limitée seulement aux trois mille aragonais et l’étendit à toutes les Pyrénées. Ajoutons que le catalogue des sommets, qui était acceptable en 1932, ne l’est plus du tout en 1968. Buyse, bien qu’en doutant, donna pour bonne la date de la liste. A ce propos, Montañeros de Aragón, avec toute l'équipe, donna tête baissée dans l'erreur.

Liste des trois mille publiée par Montañeros de Aragón en 1968.


FTer

vendredi 9 septembre 2011

Les trois mille fantômes. Campbieil Sud-sud-ouest ou Pic Lentilla.

Le pic Campbieil (3173m) est l'un des trois mille les plus faciles à atteindre. Robert Ollivier signale qu'on pourrait y arriver à dos d'âne. Son sommet spacieux est l'un des meilleurs belvédères pyrénéens. Il est peu probable que le capitaine Loupot ait réussi à être le premier sur la cime pendant sa campagne topographique en 1848, mais c’est la première ascension documentée. L'extrémité sud offre une élévation secondaire surplombant trois vallées : de Cap de Long, de Piau-Engaly et de Campbieil. Dans cette extrémité-ci se joignent les crêtes de Lentilla et celle qui provient de la Hourquette de Cap de Long. Elle se nomme Pic Lentilla ou Campbieil Sud-Sud-Ouest. Nous apprenons dans l'œuvre récente de Pascal Ravier "L'aventure du Neouvielle" que les lentilles sont des vesces, vicia pyrenaica, plantes qui abondent sur le versant de Gèdre.

L'histoire de ce point, considéré comme sommet de trois mille, semble s'effacer comme un cours d'eau souterrain, pour reparaître sans une explication convaincante. Tel, le nom du sommet principal qui balance entre Campbieil et Badet. Remarquer qu’il se passe la même chose pour le proche Pic Badet. En plus, la Commission de Topographie et de Toponymie de la Fédération de Sociétés Pyrénéistes plaidait pour l'utilisation du nom de Camp Biélh en 1927.

Dans le "Guide des Pyrénées Centrales. Vol III" de Robert Ollivier on signale déjà ce sommet Sud du Campbieil sans aucune altitude. Il est cité dans la liste de trois mille de Sabino Echeandia en 1975, parue dans la revue "Pyrenayca" comme Lentilla, 3066m. Il est mentionné dans la deuxième liste de J.M.Feliu en 1978 avec le nom Lentille et 3156m. Il ne figure pas dans la liste de Jolfre dans la "Revue Pyrénéenne" en 1980. Buyse signale une cime Lentilla déjà dans sa première liste en 1986 dans la revue "Muntanya", mais lui attribue une altitude de 3044m prise sur la carte de l'IGN français, la mettant donc en pleine arête Lentilla. Sa présence continue dans la liste publiée dans la revue "Pyrénées" en 1988 et dans son premier livre en castillan et en français, déjà avec le nom de Campbieil Sud-Sud Ouest, 3175m.

Campbieil SSW ou Lentilla depuis le sommet du Pic Campbieil (Auteur : Jesús Mari Linaza)


Et alors, surprise, dans la troisième édition du livre de Buyse, il a disparu de la liste : l'auteur l’explique par son manque de proéminence par rapport au sommet principal du Campbieil. Il est relégué dans la liste des cotes restantes avec le numéro 1049. L'œuvre de Miquel Angulo "Pyrénées. 1000 Ascensions. Vol III" approuve cette disparition en 1996. Miquel Capdevila n'est pas d'accord et s’en fait l’écho dans son livre "Los tresmiles en 30 jornadas" de 1997, où il maintient ce sommet. En 2004 est publié par les éditions Desnivel un livre, œuvre de Lluís Borràs, dont le titre "Tresmiles de los Pirineos. Guía práctica. 213 cumbres / Fichas técnicas" laisse entendre que le nombre des trois mille de Buyse, 212, a été augmenté d’un. Effectivement, le Campbieil Sud-Sud-Ouest reparaît : D’où le numéro 213 pour énumérer les cimes de trois mille mètres dans les Pyrénées et qui a surpris tellement de pyrénéistes. Luis Alejos dans son "Guia de los 3000" continue de le citer comme antécime du Campbieil.

Pic Campbieil depuis Lentilla (Auteur : Jesús Mari Linaza)


Le 18 août 2010, Jesús Mari Linaza, mesure avec GPS la proéminence du Campbieil SSW trouvant une valeur de 18 mètres, et une altitude au sommet de 3165m.

Consultez l'activité dans le lien suivant :
Campbieil SSW ou Lentilla.

Données techniques :

Campbieil...... 31T x:264527 y:4741943 z:3182m
Col............ 31T x:264333 y:4741723 z:3147m
Lentilla....... 31T x:264302 y:4741609 z:3165m

La cartographie de l'IGN français signale cette cote avec une altitude 3157m.

FTer

mercredi 10 août 2011

Hipólito Maeso Rueda.

Le chiffre magique et capricieux des 3000 mètres a fait que beaucoup d’alpinistes, envoûtés par la Chaîne Pyrénéenne, aient eu l’initiative d’atteindre tous ses sommets au-dessus cette altitude ronde. Des listes de sommets, il y en a eu beaucoup depuis le début du pyrénéisme. Mais aujourd’hui, en plus de la liste du Centre Excursionista de Lleida, il existe la liste des 212 trois mille de Buyse, qu’avec le groupe des “Chasse-fantômes” nous essayons de compléter en nous basant sur la seule règle objective proposée depuis sa création par l’équipe: qu’il existe 10 mètres au moins de proéminence. Ainsi, nous pouvons trouver de « nouvelles » pointes ou rejeter celles qui n’ont pas la dite proéminence. Et tout ceci surtout, grâce à la facilité des mesures fournies par les GPS de plus en plus populaires.

Il y a de plus en plus d’alpinistes qui ont réussi l’ascension des sommets au-dessus de trois mille mètres dans les Pyrénées. Déjà certains l’ont fait avec un mérite remarquable : Jordi Farré et Jesús Almarza, du CEL, les atteignaient tous pendant l’année 1998. Marta Alejandre et deux autres alpinistes les ont parcourus durant 52 jours continus entre septembre et octobre 2010.

D’un autre côté, Javier Fernández, un garçon valencien, seulement âgé de 16 ans, en 2005, accomplissait la liste des trois mille. A l’opposé, le « jeune » Lluis Garrofé, de Tartareu (Lérida), est sur le point de terminer la liste du CEL âgé de 80 ans !

Mais cette entrée nous voulons la dédier à l’alpiniste Hipólito Maeso. Ce madrilène de naissance, et pyrénéiste d’adoption, en plus de présenter un curriculum d’ascensions et d’escalades frappantes, a, ce que nous jugeons un exploit difficile d’égaler : faire tous les sommets de la liste des 212 en 34 jours continus d’activité, entièrement à pied et presque tous en solitaire.

Hipólito Maeso fit ces ascensions pendant l’été 1999, précisément l’année qu’il marchait sur ses 50 ans, montrant qu’il n’est pas nécessaire d’aller à des montagnes exotiques pour réaliser des exploits alpinistes de premier ordre. Le récit de son parcours est recueilli dans le livre qu’il a lui même publié en 2001 : « Qué bonitos son los Pirineos », œuvre qui, actuellement, est assez difficile à trouver.

Malheureusement, 5 ans après, en juillet 2004, Hipólito Maeso, à côté de Roberto Vázquez, périssait, après avoir escaladé dans les Alpes, la pointe Dufour. Ils affrontèrent la descente au milieu d’un grand orage et de forts coups de vent qui les emportèrent à jamais.

En plus de rappeler les gestes importants qu’il est encore possible de faire dans les Pyrénées, nous voulons aussi souligner les apports qu’Hipólito fit au long de son parcours pour compléter la liste des trois mille. Ainsi, dans le livre susnommé, nous pouvons signaler diverses notes et commentaires sur les trois mille : il parle des énigmatiques Aiguilles du Clot de la Hount, de sommets qui sont passés sans se rendre compte (ont-ils en réalité les 10 mètres de proéminence ?), sur la non inclusion dans la liste des 212 du Pic Lentilla ou Campbieil SSW, des trois possibles sommets de la Pale de Crabounnouse, du peu de singularité d’une des aiguilles dans la crête du Lézat, des deux pointes de l’Aiguille Argarot (que mentionne déjà la nouvelle carte de l’Editeur Alpina et que les Chasse Fantômes ont vérifié comme nouveau trois mille) ou les doutes sur le sommet réel de l’Aiguille Russell Supérieure.

Couverture du livre écrit par Hipólito Maeso décrivant son parcours pyrénéen.


Quatrième page de couverture de la même œuvre.


Pour nous, sans aucun doute, ce serait un honneur qu’il fît partie de notre groupe de Chasse Fantômes.

Carles