Les trois mille de la liste de Chausenque (1854).
Vincent de Chausenque (1782-1869), dans la première moitié du XIXème, influencé par Ramond, accomplit une exploration méthodique des Pyrénées françaises de mer à mer, avec quelques incursions en territoire espagnol quand c'était permis par le hasard des guerres successives. En 1824, dans une tentative au Vignemale, il atteint la Pointe qui, aujourd'hui porte son nom, par la crête depuis le Petit Vignemale, ce qui n'est pas une ascension insignifiante. Ayant faite le plus difficile, ils n'osèrent pas passer à la Pique Longue, par crainte de fouler la glace. Les glaciers, alors inspiraient un profond respect. Première du Néouvielle en 1847.
En 1834, il publie une longue œuvre sur la totalité des Pyrénées. Il fait une actualisation en 1854 dans deux tomes, intitulée : "Les Pyrénées ou voyages pédestres dans toutes les Régions de ces montagnes depuis l'Océan jusqu'à la Méditerranée". Les livres originels peuvent être consultés dans la page web de la Bibliothèque Nationale Française [Tome I.] et [Tome II.].
C'est un fait que Chausenque n'établit aucune liste de trois mille, mais dans les annexes de son livre figure une liste non exhaustive d'altitudes, comprenant villages, cols et sommets. Il y a un nombre considérable de cimes, et parmi celles-ci se détachent quelques trois mille. Une caractéristique est que les altitudes sont exprimées en mètres et en toises et qu'y figure l'auteur de la mesure. C'est par conséquent une compilation magnifique des travaux faits antérieurement par différents spécialistes.
Dans le cas hypothétique où quelqu'un se fût intéressé aux trois mille à l'époque, il n'y a pas de doute qu'il aurait tiré ses objectifs de ce rapport-ci. Relation, d'autre part, qui nous offre une vision très claire de l'état de connaissance des altitudes maximales de la Chaîne au milieu du XIXème siècle, soulignant par ses lacunes tout ce qui restait encore à explorer.
Dans la relation de sommets que l'on trouve en continuant, les altitudes précises obtenues par Peytier appellent l'attention. Le professionnalisme se manifeste là dans le travail géodésique qui sera la base pour l'élaboration de la carte de l'État Major français en la seconde moitié du siècle. Chausenque s'en fait l'écho, remarquant comme mesures les plus exactes celles obtenues par le colonel Corabœuf, le capitaine Peytier et les lieutenants Testu et Hossard, bien qu'il inscrive aussi les altitudes obtenues par d'autres.
Voyons donc quelles étaient les cimes de trois mille mètres recensées vers 1850. Nous reproduisons les entrées du tableau de Chausenque (pages 326 à 332 du deuxième tome) tels qu'il les écrit, en notant les altitudes en mètres et en toises et avec quelque commentaire pour éclairer quelques uns des noms exposés.
Le Mont-Calm | 3030m | 1580t | Corabœuf | |
3157m | 1620t | Reboul | ||
Pique d'Estats | 3141m | 1612t | Corabœuf | |
3251m | 1668t | Reboul | ||
Pique Fourcanade ou Maïl d'Espouïs | 2882m | 1479t | Peytier | |
3058m | 1569t | Reboul | ||
Crête de la Maladette à l'ouest des Pics | 3171m | 1627t | Charpentier | Se rapporte à l'un des Pics Occidentaux de la Maladetta |
Pic Occidental, glacier | 3312m | 1699t | Peytier | C'est le Pic de la Maladetta |
Pic de Malahitta, glacier | 3354m | 1721t | Peytier | C'est le Pic Maudit |
3483m | 1787t | Reboul | ||
Pic Oriental de Néthou, point culminant | 3404m | 1780t | Peytier | |
3580m | 1837t | Reboul | ||
3370m | 1729t | Tchihatchef | ||
Pic de Carbious, vallée de Lys, glacier | 3177m | 1630t | Reboul | Pic des Crabioules |
Tuc de Maupas, glacier | 3110m | 1595t | Peytier | |
3148m | 1615t | Reboul | ||
Pic Quartau, glacier | 3143m | 1613t | Peytier | C'est le Gourgs-Blancs |
Pic Quayrat, glacier | 3059m | 1569t | Peytier | |
3089m | 1585t | Reboul | ||
Pic Posets ou Pic Poleto, Val d'Astos, glacier | 3367m | 1728t | Peytier | |
3438m | 1764t | Vidal et Reboul | ||
Perdighero, montagne | 3220m | 1652t | Peytier | |
Pic Pétard | 3177m | 1630t | Peytier | C'est le Grand Batchimale ou Pic Schrader |
Pic de Hermitans entre le val de l'Asto et Louron | 3029m | 1554t | Vidal et Reboul | Même si le Hermitans a été utilisé aussi pour les Gourgs-Blancs, ici il semble désigner la Pic de Clarabide |
Pic de Thou | 3023m | 1551t | Peytier | Le Lustou |
Pic de Batoa ou de Biedous, Punta de Souelsa | 3034m | 1557t | Peytier | Pic de Batoua. Curieusement la Pointe Suelza est confondue avec ce pic |
3052m | 1566t | Vidal et Reboul | ||
Le Mont-Perdu, glacier | 3351m | 1719t | Peytier | |
3436m | 1763t | Ramond | ||
Le Cylindre, glacier | 3322m | 1704t | Peytier | |
3333m | 1710t | Ramond | ||
Pic de la Cascade ou extrémité de la Plateforme, glacier | 3276m | 1681t | Ramond | Se rapporte au Pic de Marboré |
Le Taillon, glacier | 3146m | 1614t | Peytier | |
3214m | 1649t | Vidal et Reboul | ||
Montagne de Troumouse, glacier | 3086m | 1583t | Peytier | Peytier se base sur l'actuel pic de Troumouse, point géodésique. Il est possible que Vidal et Reboul désignent le point le plus élevé, La Munia |
3200m | 1642t | Vidal et Reboul | ||
Cambielle, montagne, glacier | 3174m | 1628t | Peytier | Pic de Campbieil |
3235m | 1660t | Vidal et Reboul | ||
Pic Long, glacier | 3192m | 1638t | Peytier | |
3251m | 1668t | Vidal et Reboul | ||
Neouvieille, montagne, glacier | 3091m | 1586t | Peytier | |
3155m | 1619t | Vidal et Reboul | ||
Vignemale, montagne, glacier | 3298m | 1692t | Peytier | |
3356m | 1722t | Vidal et Reboul | ||
Pic de Badescure ou Costerillou, glacier | 3148m | 1615t | Vidal et Reboul | C'est le Balaïtous |
Pic de Baretous, glacier | 3146m | 1613t | Peytier | Ou Balaïtous. Peytier et Hossard réussirent la première ascension en 1825, en faisant station l'année suivante |
Pic d'Arriengrand | 3003m | 1541t | Vidal et Reboul | C'est le Pic de Palas |
Som de Séoube, montagne | 3132m | 1607t | Junker | De nouveau le Balaïtous, mais ici mesuré en 1790 |
Nous remarquons que Chausenque signale comme sommets distincts les différents noms attribués au Balaïtous. Ici on pourrait citer la relation qu'offre Beraldi sur les trente six noms de cette montagne. Il n'est pas étonnant que la confusion ait régné à ce sujet, nous l'avons trouvée dans des listes très postérieures (voir la liste de la UEC). Les altitudes obtenues par Vidal et Reboul, presque toujours par excès, sont dues à une erreur commise dans un fait initial à Tarbes.
FTer
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