vendredi 3 juin 2011

Les trois mille de la liste de Chausenque (1854).

Vincent de Chausenque (1782-1869), dans la première moitié du XIXème, influencé par Ramond, accomplit une exploration méthodique des Pyrénées françaises de mer à mer, avec quelques incursions en territoire espagnol quand c'était permis par le hasard des guerres successives. En 1824, dans une tentative au Vignemale, il atteint la Pointe qui, aujourd'hui porte son nom, par la crête depuis le Petit Vignemale, ce qui n'est pas une ascension insignifiante. Ayant faite le plus difficile, ils n'osèrent pas passer à la Pique Longue, par crainte de fouler la glace. Les glaciers, alors inspiraient un profond respect. Première du Néouvielle en 1847.

En 1834, il publie une longue œuvre sur la totalité des Pyrénées. Il fait une actualisation en 1854 dans deux tomes, intitulée : "Les Pyrénées ou voyages pédestres dans toutes les Régions de ces montagnes depuis l'Océan jusqu'à la Méditerranée". Les livres originels peuvent être consultés dans la page web de la Bibliothèque Nationale Française [Tome I.] et [Tome II.].

C'est un fait que Chausenque n'établit aucune liste de trois mille, mais dans les annexes de son livre figure une liste non exhaustive d'altitudes, comprenant villages, cols et sommets. Il y a un nombre considérable de cimes, et parmi celles-ci se détachent quelques trois mille. Une caractéristique est que les altitudes sont exprimées en mètres et en toises et qu'y figure l'auteur de la mesure. C'est par conséquent une compilation magnifique des travaux faits antérieurement par différents spécialistes.

Dans le cas hypothétique où quelqu'un se fût intéressé aux trois mille à l'époque, il n'y a pas de doute qu'il aurait tiré ses objectifs de ce rapport-ci. Relation, d'autre part, qui nous offre une vision très claire de l'état de connaissance des altitudes maximales de la Chaîne au milieu du XIXème siècle, soulignant par ses lacunes tout ce qui restait encore à explorer.

Dans la relation de sommets que l'on trouve en continuant, les altitudes précises obtenues par Peytier appellent l'attention. Le professionnalisme se manifeste là dans le travail géodésique qui sera la base pour l'élaboration de la carte de l'État Major français en la seconde moitié du siècle. Chausenque s'en fait l'écho, remarquant comme mesures les plus exactes celles obtenues par le colonel Corabœuf, le capitaine Peytier et les lieutenants Testu et Hossard, bien qu'il inscrive aussi les altitudes obtenues par d'autres.

Voyons donc quelles étaient les cimes de trois mille mètres recensées vers 1850. Nous reproduisons les entrées du tableau de Chausenque (pages 326 à 332 du deuxième tome) tels qu'il les écrit, en notant les altitudes en mètres et en toises et avec quelque commentaire pour éclairer quelques uns des noms exposés.

Le Mont-Calm3030m1580tCorabœuf 
 3157m1620tReboul 
Pique d'Estats3141m1612tCorabœuf 
 3251m1668tReboul 
Pique Fourcanade ou Maïl d'Espouïs2882m1479tPeytier 
 3058m1569tReboul 
Crête de la Maladette à l'ouest des Pics3171m1627tCharpentierSe rapporte à l'un des Pics Occidentaux de la Maladetta
Pic Occidental, glacier3312m1699tPeytierC'est le Pic de la Maladetta
Pic de Malahitta, glacier3354m1721tPeytierC'est le Pic Maudit
 3483m1787tReboul 
Pic Oriental de Néthou, point culminant3404m1780tPeytier 
 3580m1837tReboul 
 3370m1729tTchihatchef 
Pic de Carbious, vallée de Lys, glacier3177m1630tReboulPic des Crabioules
Tuc de Maupas, glacier3110m1595tPeytier 
 3148m1615tReboul 
Pic Quartau, glacier3143m1613tPeytierC'est le Gourgs-Blancs
Pic Quayrat, glacier3059m1569tPeytier 
 3089m1585tReboul 
Pic Posets ou Pic Poleto, Val d'Astos, glacier3367m1728tPeytier 
 3438m1764tVidal et Reboul 
Perdighero, montagne3220m1652tPeytier 
Pic Pétard3177m1630tPeytierC'est le Grand Batchimale ou Pic Schrader
Pic de Hermitans entre le val de l'Asto et Louron3029m1554tVidal et ReboulMême si le Hermitans a été utilisé aussi pour les Gourgs-Blancs, ici il semble désigner la Pic de Clarabide
Pic de Thou3023m1551tPeytierLe Lustou
Pic de Batoa ou de Biedous, Punta de Souelsa3034m1557tPeytierPic de Batoua. Curieusement la Pointe Suelza est confondue avec ce pic
 3052m1566tVidal et Reboul 
Le Mont-Perdu, glacier3351m1719tPeytier 
 3436m1763tRamond 
Le Cylindre, glacier3322m1704tPeytier 
 3333m1710tRamond 
Pic de la Cascade ou extrémité de la Plateforme, glacier3276m1681tRamondSe rapporte au Pic de Marboré
Le Taillon, glacier3146m1614tPeytier 
 3214m1649tVidal et Reboul 
Montagne de Troumouse, glacier3086m1583tPeytierPeytier se base sur l'actuel pic de Troumouse, point géodésique. Il est possible que Vidal et Reboul désignent le point le plus élevé, La Munia
 3200m1642tVidal et Reboul 
Cambielle, montagne, glacier3174m1628tPeytierPic de Campbieil
 3235m1660tVidal et Reboul
Pic Long, glacier3192m1638tPeytier 
 3251m1668tVidal et Reboul 
Neouvieille, montagne, glacier3091m1586tPeytier 
 3155m1619tVidal et Reboul 
Vignemale, montagne, glacier3298m1692tPeytier 
 3356m1722tVidal et Reboul 
Pic de Badescure ou Costerillou, glacier3148m1615tVidal et ReboulC'est le Balaïtous
Pic de Baretous, glacier3146m1613tPeytierOu Balaïtous. Peytier et Hossard réussirent la première ascension en 1825, en faisant station l'année suivante
Pic d'Arriengrand3003m1541tVidal et ReboulC'est le Pic de Palas
Som de Séoube, montagne3132m1607tJunkerDe nouveau le Balaïtous, mais ici mesuré en 1790
 


Nous remarquons que Chausenque signale comme sommets distincts les différents noms attribués au Balaïtous. Ici on pourrait citer la relation qu'offre Beraldi sur les trente six noms de cette montagne. Il n'est pas étonnant que la confusion ait régné à ce sujet, nous l'avons trouvée dans des listes très postérieures (voir la liste de la UEC). Les altitudes obtenues par Vidal et Reboul, presque toujours par excès, sont dues à une erreur commise dans un fait initial à Tarbes.

FTer

mercredi 4 mai 2011

Les trois mille fantômes. Cap de la Coume de Riufret.

Les trois mille les plus orientaux des Pyrénées se situent aux portes de l'Andorre, dans le massif emblématique de la Pique d'Estats, sommet de la Catalogne. D'étendue réduite, la zone au-dessus des trois mille mètres est une des premières à être explorée. Dès 1825, pour l'élaboration de la carte de la France, Corabœuf et Testu stationnent sur la cime du Montcalm, choisie comme point géodésique de premier ordre. Alors que la période du "Petit Âge Glaciaire" est à son apogée, ils souffrirent dans leur tente, une semaine d'août, sous de continuels orages et chutes de neige. La Pique d'Estats sera visitée en 1864 par Russell, si elle ne le fut pas avant par les deux officiers géodésiens étant donné la courte distance et la facilité d'accès depuis le Montcalm. Selon Beraldi l'ascension des géodésiens est la première documentée du Montcalm, mais Alain Bourneton dévoile dans l'article "Deux siècles d'ascensions au Montcalm-Pique d'Estats" paru en quatre textes dans les numéros de la revue Pyrénées 200 à 203 en 1999-2000 que, selon les carnets de voyage du botanique Candolle, celui-ci avait atteint le sommet du Montcalm le 17 juillet 1807 guidé par Simon Faure.

Entre le Montcalm et la Pique d'Estats, on trouve une crête facile en entier billonnée, qui délimite les sources de Riufret à l'Est et de la Coumette d'Estats à l'Ouest. Le point le plus bas se nomme Col de Riufret (2978 m). Nous allons parler de cette divisoire. En été un large sentier tracé dans les cailloux relie les deux cimes. Essayant de se maintenir de niveau, cette trace délaisse un mamelon présent sur la crête.

Dans la cinquième édition en Castillan du livre de Buyse "Los tresmiles del Pirineo", paru en 1998, figure le chapitre 54 - Registre de propositions (p. 537). Dans le point 2, Josep N Torras de Castellar del Vallès, propose comme valable la cote 3041, selon l'IGN, près du col de Riufret. Dans les listes Buyse, cette cote est signalée avec le numéro 1117 dans les cotes restantes, avec son altitude de 3041 m donnée par l'IGN français. Luis Alejos, aussi, remarque en passant cette sommité dans son guide des 3000 mètres.

Dans le texte cité d'Alain Bourneton [Pyrénées nº 202, p.133], l'auteur propose que la cote 3041m porte le nom de Simon Faure et que l’on rebaptise le Pic Verdaguer du nom de Candolle, et qu’en outre on trouve quelque endroit pour perpétuer les noms de Corabœuf et de Testu. Il considère également abusif le nom Pic Gabarró pour le signal géodésique alors que Gourdon, d'Ussel et Arlaud avaient parcouru la crête orientale de la Pique avant la prétendue première de Pere Gabarró en 1932. Ajoutons pour finir que la première visite de cette double élévation où fut construit le signal géodésique fut réalisée par les militaires espagnols en 1871.

En novembre 2007, le "Centre Excursionista de Castellar del Vallès", dans son "Butlletí" nº 470 (p. 14), publie un article de Josep M. Torras où est décrite une visite à la cote 3041, en assurant qu'elle remplie amplement les critères établis par Buyse pour l'admission des trois mille.

Dans "les Chassefantômes", nous avions remarqué cette cote à vérifier, avec d'autres dans le massif, quand un e-mail de Lluis Muntan, en date 13 mars 2008, nous apprenait sur la publication précédente. Ce dont nous le remercions.

En même temps, paraît dans la page du courrier des lecteurs de la revue de la FEEC "Vèrtex" nº 217 de mars-avril 2008 (p. 4), une lettre de Josep M. Torras Homet intitulée "Un nou tresmil", où en quelques mots il expose sa conviction sur le nouveau trois mille.

Cap de la Coume de Riufret depuis le Montcalm (Auteur: Lluís Muntan)


Le 20 août 2009, Joseba Calzada visite la zone et prend les mesures GPS pertinentes, trouvant pour cette cote une altitude de 3044,6 m (pour 3041 m de l'IGN-F et 3040,3 de l'ICC dans sa cartographie au 1:5000). Du côté du Montcalm, c'est à dire au nord, la proéminence est donnée par le Col de Riufret (2978 m), et du côté de la Pique d'Estats, le GPS signale une proéminence de 14,2 mètres (10,7 m selon carte ICC).

Cartographie 1:5000 de l'I.C.C.


Le nom qu'a choisi Josep M. Torras pour ce sommet est en catalan: Cap de la coma de Riufred; et en français, puisque situé intégralement dans le département de l'Ariège: Cap de la Coume de Riufret. L'altitude qui semble la plus exacte aujourd'hui est celle signalée par l'ICC de 3040,3 mètres.

Cap de la Coume de Riufret depuis le col de Riufret (Auteur: Martín Garmendia)


Cap de la Coume de Riufret depuis la Pique d'Estats (Auteur: Joseba Calzada)


Consultez l'activité dans les liens suivants :

Cap de la Coume de Riufret. Cap de la Coume de Riufret dès le barrage de Soulcem.
Données techniques :
Cap de la coume de Riufret :............. 31T x: 369093 y: 4725470 z: 3044,6
Col Cap-Pique d'Estats :................. 31T x: 368983 y: 4725431 z: 3030,4

FTer

mercredi 23 mars 2011

Les trois mille fantômes. Aiguille Nord de Malavesina.

Le massif de Besiberri, situé intégralement dans la Catalogne, était connu par les premiers explorateurs sous le nom de Montarto. Il se trouve au sud de la Vallée d'Aran, dans le bassin de la Noguera Ribagorzana. Les sommets au-dessus de trois mille mètres s'alignent sur une crête dans un axe nord-sud presque parfait. L'Ouest est drainé par le vallon de Besiberri, et l'Est par le bassin de Malavesina qui débouche dans le barrage de Cavallers par le ravin du Riu Malo. Au sud, la bosse de Capceres de Caldas divise le vallon de Gémena et le ravin de Comaloforno, tous deux versant leurs eaux dans la Noguera de Tor.

Entre le Besiberri Sud et le point culminant du Massif, le Coma lo Forno, se déroule une crête hérissée où l'Equipe des Trois mille identifiait cinq aiguilles, lesquelles n'ont pas été inclues dans le Catalogue (Luis Alejos. Guide des 3000 mètres. Sua Edizioak, Bilbao, 2007); elles sont les cotes restantes numéros 1111 à 1115. Miguel Angulo, dans le volume IV de Pyrénées 1000 ascensions, signale aussi l'une de ces aiguilles-ci.

Qui parcourut cette crête en entier pour la première fois ? Nous l'ignorons. Les premières aux points extrêmes de la crête, sont : Le Coma lo Forno par son versant sud par des militaires espagnols en 1857; le Besiberri Sud par l'ouest par Packe et Dashwood en 1866. L'enchaînement des deux sommets est fait le 2 août 1919 par les catalans Estasén, Giró, Feliu, Badía, Canals et Herzog, longeant les aiguilles par les névés du versant est (Bulletin du CEC 1920). Arlaud et ses compagnons évitent les aiguilles par les vires de l'ouest le 31 juillet 1926 (Carnets d'Arlaud).

Coma lo Forno depuis le Besiberri Sud (auteur : Jesús Mari Linaza)


La crête fut parcourue intégralement le 13 août 2008. Grâce aux mesures prises, on observe que l'aiguille la plus septentrionale, la plus proche du Besiberri Sud, cote restante 1111, a une proéminence au nord de 17 mètres et 27 mètres au sud. En plus, l'aiguille sud, la plus proche du Coma lo Forno, cote restante 1115, offre 31 mètres au nord et 9 mètres au sud.

Descente de l'Aiguille Nord de Malavesina par son côté sud (auteur : Josu Linaza)


Escalade de l'Aiguille Sud de Malavesina par son côté nord (auteur : Josu Linaza)


Nous adoptons le nom provisoire d'Aiguilles de Malavesina pour l'ensemble. Selon la cartographie de l'Institut Cartographique Catalan dans sa série à échelle 1:5000, le nom Malavesina identifie le bassin au pied du Besiberri Sud et Coma lo Forno, qui par un laquet anonyme, verse ses eaux dans le ravin de Riu Malo.

Consultez l'activité dans le lien suivant :
Mendietatik : Crête du Besiberri Nord au Célestin Passet

Données techniques :

Besiberri del Mig N. Pico Simó :........ 31T x: 321717 y: 4718954 z: 3000
Besiberri del Mig S. Pico Jolís :....... 31T x: 321657 y: 4718878 z: 3001
Besiberri Sur :......................... 31T x: 321725 y: 4718199 z: 3024
Collado 1111-Besib-Sur :................ 31T x: 321754 y: 4718153 z: 2997
Cota 1111 :............................. 31T x: 321768 y: 4718111 z: 3014
1111 collado Comaloformo :.............. 31T x: 321798 y: 4718032 z: 2987
Aguja Comaloforno 1115 :................ 31T x: 321835 y: 4717945 z: 3018
coll-1115_Comaloforno :................. 31T x: 321842 y: 4717940 z: 3009
Coma lo Forno :......................... 31T x: 321874 y: 4717929 z: 3031

FTer

lundi 21 février 2011

Liste de trois mille de la Unió Excursionista de Catalunya (1935).

On dit qu'elle est la liste de trois mille la plus ancienne publiée, Buyse en fait écho dans son livre. Déjà nous avons constaté qu'il n'est pas vrai qu'elle soit la première (voir le lien sur la liste de Almarza). Mais on ne peut non plus considérer qu'elle soit une liste.

En Juin 1935 la Unió Excursionista de Catalunya, UEC, consacre entièrement son bulletin mensuel aux trois mille pyrénéens. Dans l'introduction on fait un panégyrique de ces sommets comme représentants majeurs du Pyrénéisme. Mais l'étude se limitera exclusivement à Catalogne: « Per fer l'elogi del Pirineu hem cercat i us detallem les maximes alçàries... » (Pour faire l'éloge des Pyrénées nous avons cherché et vous détaillons les élévations maximales...). En effet, les premières pages du bulletin montrent les sommets de plus de trois mille mètres situés en Catalogne. Cette liste-ci prétend être exhaustive et elle se résume à cinq sommets. En France à cette date non, mais sur le versant sud il est vrai que la connaissance de la montagne est encore assez déficiente, manque de cartes, manque de bibliographie, manque d'expérience accumulée... Peu à peu on ira en progressant.

À cette liste des trois mille catalans s'ajoute dans les pages suivantes une liste de sommets de trois mille qui peuvent être gravis dans toutes les Pyrénées, liste que ne prétend pas être exhaustive, puisque dans son titre on dit: « Diversos cims de tres mil metres del Pirineu Catalá, Aragonès i Francès », "Diverses cimes...", comme en les choisissant au hasard. C'est vrai qu'y figurent les sommets les plus représentatifs, mais on donne l'impression de n'avoir pas voulu détailler à l'excès, peut-être par la certitude de sa propre ignorance ? Par exemple, dans la liste catalane en citant la Pique d'Estats on dit qu'avec le Montcalm (3080 m) elle constitue le massif le plus important du Pallars Sobirà; bien, le Montcalm ne réapparait pas, il n'a pas d'entrée propre, ni entre les cimes catalanes, ni même dans le reste.

Une caractéristique du bulletin, dans les deux relevés de cimes, est que non seulement on note le nom et l'altitude, sinon l'emplacement et le ou les accès réputés normaux, refuges et horaires. Il semble justifier son utilité comme un début, et bien sûr son but désiré, de guide montagnard. Des photographies annotées, dont les auteurs sont : A. Miró, R. Escayola, J. Ventura et Ll. Trabal, illustrent tout le bulletin. Cela dit l'auteur de l'article reste anonyme.

Panorama à double page (82 et 83) détaillant les Monts Maudits et la source de l'Esera, il est possible qu'il soit dessiné depuis le Port de Venasque (anonyme).


Nous détaillons ci dessous les sommets cités dans les deux listes en gardant la graphie et les altitudes utilisées.

Liste des trois mille catalans (5):
PICA D'ESTATS3141 m 
MULLERES, TUC DE3005 m 
BECIBERRI3020 m 
COMOLO FORNO3005 mRemarquez son altitude inférieure à celle du Beciberri. Les altitudes des cimes du massif n'étaient pas très précises autrefois.
COMOLO PALES3007 mC'est le sommet qu'aujourd'hui nous appelons Punta Alta.


Liste de divers trois mille embrassant tout les Pyrénées (39):
ANETO, PIC3404 m 
ARAGÜELLS, PIC3037 m 
BALAITOUS O MARMURET3146 m 
BECIBERRI, PIC3007 m 
CABRIOLES, PIC DE3115 m 
CASCO3006 m 
CILINDRE3327 m 
COMOLO FORNO3005 m 
CORONAT O CORONES, PIC L'altitude n'est pas signalée car inconnue.
CRISTALL, PIC DE3150 mD'après le bulletin, situé dans la Crête du Diable.
D'ALBA, PIC3096 m 
D'ALBA, DENT3114 m 
GABIETOU, PIC DE3033 m 
GORGS BLANCS, PIC DELS3114 m 
INFERN, PIC DE L'3125 m 
LITEROLA, PIC DE3145 m 
MALADETTA OCCIDENTAL3312 m 
MALADETTA ORIENTAL3204 mIl semble que les altitudes des deux Maladetta soient inversées.
MALPAS, PIC DE3110 m 
MARBORE3253 m 
MONT PERDUT, PIC DE3352 m 
MULLERES, TUC DE3005 m 
MUNIA, LA3150 m 
PERDIGUERO, PIC DE3220 m 
PIC DEL MIG3354 m 
PICA D'ESTATS3141 m 
PORTILLO D'OO, PIC DEL3130 m 
POSETS, PIC DE3367 m 
PUNTA ALTA3007 mIci, l'utilisation du nom moderne du COMOLO PALES est curieuse.
PUNTA D'ASTORG3354 m 
RAMOND, CIM DE3248 m 
ROYO, PIC DE3145 m 
RUSSELL, PIC3201 m 
SERRE MORENE3114 m 
TAILLON, PIC DE3146 m 
TEMPESTATS, PIC3289 m 
TRAMOUSE3066 m 
VALIBIERNA, PIC3047 m 
VIGNEMALE3298 m 


L'hésitation entre le nom de Punta Alta et Comolo Pales pour la même cime est intéressante (Buyse dans son livre, en les citant, les signale comme cimes différentes. Il ne semble pas se tenir à l'ancien nom qui était Comolo Pales). Les altitudes dissemblables indiquées pour le Beciberri dans les deux listes, font certainement allusion au Beciberri Sud, puisque dans la liste catalane l'itinéraire est décrit par le vallon de Beciberri et coll dels Avellaners, alors que dans la liste générale, il est renvoyé à l'itinéraire précédent (ici Buyse parle des Beciberri Sud et Nord, nulle part le bulletin ne laisse entendre cela). L'apparition d'un surprenant Pic de Cristall, bien repéré comme en faisant partie de la Crête du Diable, nous n'avons aucune information d'autre texte où il soit catalogué parmi les trois mille, en plus avec une altitude supérieure au Balaïtous.

Au total la liste compte 39 sommets, Buyse dit 41 : nous avons vu déjà dans le paragraphe ci-dessus où est la différence. Il faut remarquer la petite quantité de trois milles pour l'époque, comparée avec les 57 pics, seulement aragonais, cités par Almarza en 1932. Il est évident qu'on n'a pas essayé de faire une liste complète, nous avons vu que le Montcalm, bien que cité en passant, n'apparait pas ensuite, et qui plus est, aucun sommet entièrement français n'y figure.

C'est pourquoi il est faux de parler de sa prétendue primauté, surtout en tant que liste. Voilà pourquoi on peut dire qu'il est sans doute le premier guide montagnard spécifique sur les trois mille.

Remerciements à Carles Giné-Janer pour nous avoir fourni une copie du bulletin tirée de la bibliothèque du Centre Excursionista de Catalunya.

FTer

lundi 27 décembre 2010

Les trois mille fantômes. Premier Conseiller.

Le massif du Néouvielle-Pic Long est intégralement en territoire français. Leurs crêtes granitiques se découpent dans le ciel et dans ses vallées d'innombrables lacs scintillent en bleu et vert.

En août 1787, Reboul et Vidal parviennent au Turon de Néouvielle, qu'ils désignèrent comme le sommet de la « Neige-Vieille de Caplongue ». Leur guide était S. Guichardnaud. Le dessein des deux savants était d'atteindre le sommet le plus haut, le Néouvielle. Tous ceux qui connaissent le lieu ne s'étonneront pas qu'ils se soient contentés de stationner sur le Turon, sans essayer de se risquer dans la traversée du Pic des Trois Conseillers, ce qui les aurait placés aux pieds de l'arête S-SW du Néouvielle. Le sommet du Néouvielle ou Pic d'Aubert ne sera foulé que 60 années plus tard. Le 10 juillet 1847, Chausenque en compagnie du guide Bastien Teinturier conquit le sommet depuis la Glère et la brèche qui, plus tard, prendra son nom. Chausenque est âgé de 65 ans. C'est curieux que ni Reboul, ni Vidal, à l'occasion de leur ascension considérée comme la première d'un trois mille pyrénéen, n'en aient eu la perception, puisqu'ils donnèrent comme altitude du Turon 1619 toises. Certes, il reste encore quelques années avant l'adoption du mètre comme unité de longueur.

Dans la crête qui relie le Turon de Néouvielle au Pic des Trois Conseillers se trouvent trois pointes, qui, d'après Robert Ollivier dans son « Guide des Pyrénées Centrales Vol. II », sont les trois conseillers qui donnent son nom au pic. Henri Beraldi néanmoins, dans son œuvre « Cent ans aux Pyrénées », écrit que le nom provient d'une réunion tenue dans la Brèche du Néouvielle par trois chasseurs de Barèges vers 1850. Ces trois chasseurs auraient été les premiers à atteindre le sommet... et s'en retourner par le même chemin vu l'aspect de la crête Ouest qui se poursuit vers le Turon. Cette crête fut parcourue la première fois par H. Brulle faisant équipe avec Célestin Passet et De Monts le 3 août 1891. Ils nomment le Pic des Trois Conseillers comme Petit Turon.

La toponymie du massif fut étudiée en profondeur dans le période 1900-1906 par Léon Maury, Denis Eydoux et le comte de Saint-Saud. Le nom ancien de cette montagne était Soum de Maniportet, toponyme du glacier situé au pied du versant nord. Maniportet veut dire mauvais passage, sans doute se référant à la Brèche du Néouvielle, d'usage sporadique en tant que passage entre la Glère et Cap de Long. Les avis raisonnés faits par la Commission de Topographie et de Toponymie de la Fédération de Sociétés Pyrénéistes plaidés pour garder l'ancien nom, passèrent, comme tant d'outres, à la trappe. Une énumération détaillée sur les dits travaux peut être trouvée dans l'œuvre de L. Maury « Les noms de lieux des Montagnes Françaises », París, 1929.

Dans la liste des cotes restantes de Buyse ne figure pas aucune de ces pointes-ci. Nous les nommerons en ordre croissant d'altitude, c'est à dire d'Ouest en Est, comme : Premier, Second et Troisième Conseiller. D'autre part l'altitude du Premier Conseiller figure dans le croquis fait par M. Angulo dans son livre « Pyrénées. 1000 ascensions » avec 3010 mètres et une proéminence de 15 mètres.

La 31 juillet 2007, il se vérifia que le gendarme le plus occidental, le plus petit, avec une altitude de 3035 mètres, offre une proéminence sur le col qui le relie avec le Turon de Néouvielle de 32 mètres, et vers le Second Conseiller de 14 mètres. Également on mesura le Second Conseiller, dont la cote est 3039 mètres, obtenant les proéminences de 18 mètres vers le Premier Conseiller et 9 mètres vers le Troisième.

Panorama depuis le sommet du Pic des Trois Conseillers. Remarquez l'aiguille du Premier Conseiller dans la crête qui le relie au Turon. (Auteur : Igertu)


Pic des Trois Conseillers vu du nord. Le Premier Conseiller se trouve à droite du sommet. (Auteur: Igertu)


Consultez l'activité dans le lien suivant :
Igertu : Trois Conseillers

Données techniques :

Premier Conseiller :......... 31T x: 263972 y: 4746247 z: 3035
Second Conseiller :......... 31T x: 264014 y: 4746280 z: 3039,1
Pic Trois Conseillers :...... 31T x: 264120 y: 4746313 z: 3045

FTer

mercredi 25 août 2010

Les trois mille fantômes. Incisive Orientale d'Alba.

Entre le Pic et la Dent d'Alba, à la fin occidentale de la longue crête principale des Monts Maudits, se présente le col Inférieur d'Alba (3023m), passage entre la vallée de Cregüeña au sud et la combe d'Alba au nord. Peu fréquenté car ce n'est pas simple de le traverser, il est plus pratique de passer par le col Supérieur. Les deux côtés du col présentent des aiguilles : une petite à l'ouest, au pied du Pic d'Alba, et deux plus importantes à l'est, devant la Dent d'Alba et au-dessus d'une saillie verticale existant sur le col.

Vue sur les Incisives d'Alba, cotes nº 1077 et 1078 depuis le Nord. Combe d'Alba. (auteur : Mattin)


Dans le livre de Buyse « Les 3000 des Pyrénées » elles figurent comme cotes restantes 1077 (occ.) et 1078 (or.), leurs altitudes étant respectivement de 3082 et 3087 mètres, tirées de la cartographie Alpina. Luis Alejos dans son livre « Pirineos, guía de los 3000 » les cite comme deux tours dans l'arête. Miquel Capdevila dans son œuvre « Los tresmiles en treinta jornadas », parle des deux aiguilles proches de la Dent d'Alba comme les Incisives d'Alba, nom que nous avons adopté. Vues en dehors de la crête, elles semblent deux petites pointes, aussi élégantes que la Dent d'Alba que peignit Russell et qu'il avait conquise en 1882. Nous ne savons pas qui sont les premiers grimpeurs : en date du 27 Juillet 1882, Brulle, Bazillac et Passet font la traversée à la course des Pics Occidentaux de la Maladetta au Pic d'Alba en 25 minutes! Auront-ils eu le temps pour lorgner la crête? Arlaud et ses compagnons fouillaient les alentours en 1930. Armengaud et les siens en 1954 et 1955.

Zoom sur les Incisives depuis le Nord. (auteur: Mattin)


18 Août 2008, accédant par la vallée de Cregüeña nous allons mesurer la proéminence de la pointe orientale, y trouvant une dénivellation de 14 mètres dans la brèche qui la relie à la Dent d'Alba, son altitude étant 3096,7 mètres. Nous accédons à la pointe occidentale le 22 Août 2009 directement de la vallée de Cregüeña (AD), son altitude 3092 mètres, et une proéminence de 8 mètres dans la brèche entre les aiguilles. Le passage entre les aiguilles peut se coter PD, descente délicate de l'aiguille occidentale sur rocher fragile, remontée de la brèche à l'aiguille orientale plus facile bien que le rocher soit semblable, la grande largeur du terrain permet de choisir le meilleur cheminement. L'accès et(ou) la descente de l'aiguille orientale se déroule par le couloir qui la relie à la Dent, très friable ; il faut rechercher le meilleur passage (F). L'aiguille orientale, elle-même, offre de ce côté un rocher de meilleure qualité, offrant une facile ascension (F+).

Vue depuis la vallée de Cregüeña. Signalée l'Incisive Orientale. (auteur: Igertu)


Données techniques :

Incisive Orientale d'Alba :........ 31T x: 305298 y: 4725361 z: 3096,7
Brèche Incisive-Dent :............. 31T x: 305307 y: 4725349 z: 3082,6

FTer

mardi 22 juin 2010

Les règles Buyse de classement des trois mille.

Dans les années quatre-vingt circule à Lérida une liste de trois mille, œuvre de Feliu Izard : c'est la liste du Centre Excursionista de Lleida. Juan Buyse, Belge naturalisé Espagnol, résidant à Siurana depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, pense qu'il peut l'améliorer.

Pour établir la liste complète des cimes pyrénéennes au dessus de trois mille mètres, Juan Buyse s'imposa, dès qu'il s'intéressa au sujet, des règles que devaient, à son avis, remplir tous les sommets pour être admis dans la liste.

Nous allons voir quelles étaient les dites règles et comme elles furent conçues.

Depuis sa première tentative de liste dans la revue Muntanya du C.E.C. en 1986, Buyse savait clairement qu'il fallait suivre unes règles pour l'admission de sommets. Il se disait, en essayant d'établir une liste définitive, qu'il serait plus aisé de se concerter sur des règles possibles à utiliser, que sur les sommets eux-mêmes. Le consensus sur les règles l'emportant, il ne restait qu'à les appliquer et la liste sortirait toute seule.

Nous trouvons dans Muntanya une ébauche de règles à caractère historique et topographique sur lesquelles il se base pour établir la liste qui en résulte.

« 1-La cime d'une élévation étant par définition son point le plus élevé. La plus haute cote, ou point culminant, rentre dans la première catégorie des montagnes dépassant les 3000 mètres. En théorie, une montagne, n'ayant qu'un point d'élévation maximal, peut seulement avoir un sommet (Exception qui confirme la règle : le Pic des Jumeaux, ainsi appelé pour avoir deux cimes de 3160 m). »

Déjà nous remarquons dans cette première règle, et c'est important, la future polémique sur les Pics des Jumeaux.

« 2-Les pics ou ressauts n'étant pas cimes, c'est à dire, l'élévation maximale d'une montagne, rentrent dans la deuxième catégorie, qu'ils soient antécimes, ou aiguilles, ou pointes secondaires.

2.1-Il existe quelques exceptions à cette règle, celles-ci sont envisagées et justifiées. Du moment qu'une antécime, une aiguille ou une pointe (géographiquement secondaires), ont un nom de pic -en général, car les pionniers découvreurs des Pyrénées les baptisèrent ainsi- elles sont, dans la pratique, jugées comme cimes par les pyrénéistes.

2.2-Le fait que d'une pointe qui n'est pas une cime débute une arête ou un contrefort latéral, ainsi que l'existence additionnelle de voies d'ascension propres à cette pointe-là, peuvent être des éléments décisifs pour son classement dans la première catégorie, comme cela arrive avec l'Épaule de l'Aneto. »


Buyse ajoute : « Pour les "exceptions", il y a autant de désaccord que de discussion. L'auteur confie que les deux sont minimes, et il se console en réfléchissant que (hormis le fait que la perfection n'est pas de ce monde) il n'a pas trouvé, ni lui ni personne parmi le plus grand nombre de compagnons de cordée qu'il a interrogé, nulle autre formule qui offre une probabilité de consensus supérieure. »

Depuis cette publication et grâce a la collaboration de Robert Ollivier, s'est formée la dénommée "Équipe des trois mille", constituée par des pyrénéistes des deux versants. Certaines réticences furent émises par quelques pyrénéistes français, vu les antécédents nazis de Buyse, pendant la guerre, sous les ordres de Léon Degrelle. Les jumeaux Ravier refusèrent de participer.

L'élan donné par l'Équipe fut décisif : deux ans après, en 1988, les règles ont été affinées et une liste presque définitive est publiée dans la revue Pyrénées. Les règles nouvelles restent comme ci-dessous :

« 1-Pour qu'une élévation quelconque, dont l'altitude dépasse 3000 mètres, puisse être considérée comme un "trois mille" et être admise dans le Catalogue des "trois mille" des Pyrénées, elle doit remplir les conditions suivantes :
-Figurer sur au moins une des cartes actuelles et/ou être mentionnée dans un topo-guide en circulation. -Avoir été baptisée, c'est-à-dire avoir un nom.

2-Les "trois mille" admis seront classifiés, selon leur caractéristiques, dans l'une ou l'autre de ces catégories :
2.1-Seront classés dans la première catégorie, appelée celle des pics principaux :
a)les pics qui constituent le (seul) point culminant de chaque montagne (marqués PCM dans la liste), et
b)les pics qui constituent un noeud d'arêtes, placé sur les arêtes des montagnes ou sur les crêtes qui les unissent entre elles, à condition qu'ils aient au moins trois arêtes, et que toutes leurs arêtes soient descendantes du sommet même du pic, dont elles délimitent les versants (marqués NA dans la liste).
2.2-Seront classés dans la deuxième catégorie, appelée celle des pics secondaires : toutes les élévations (principalement antécimes, pointes et aiguilles) qui ne remplissent aucune des deux conditions formulées à l'article 2.1.

3-Les cotes supérieures à 3000 mètres qui sont mentionnées sur les cartes ou dans les topo-guides, mais qui n'ont pas de nom seront considérées cotes restantes et sont relevées dans une liste sous ce titre. »


Une disposition supplémentaire transitoire permettra, seulement à cette occasion, de donner un nom à ces cotes restantes qui restent anonymes bien qu'en ayant les caractères de la règle 2, aux yeux de l'Équipe. Cette disposition permet de les repêcher pour les inclure dans le Catalogue.

« 4-Une fois effectué le recensement de toutes les cotes restantes, et vu l'existence d'élévations qui ont les caractéristiques de pics secondaires, mais ne peuvent être admises comme telles, vu qu'elles sont anonymes, nous leur donnons, par décision majoritaire, un nom provisoire (dans le but de pouvoir les identifier) ce qui nous permet de les classer parmi les pics secondaires.
...
Du fait que ce but a pu être atteint grâce à l'application de la présente disposition, nous déclarons que cette application a été unique et ne peut plus être répétée. A l'avenir, seuls pourront être admis comme "nouveaux" trois mille, ceux qui remplissent les conditions de la règle nº 1. »


Couverture de la revue Pyrénées nº 154 contenant la liste des trois mille de Juan Buyse.


De la parution de la liste résultante (qui comprend 125 pics principaux, 70 pics secondaires et 74 cotes restantes) viennent les complications qui entraîneront la dissolution de l'Équipe des trois mille. Quelles furent ces divergences ? Eh bien, la polémique sur les Pics des Jumeaux, que nous avons vu venir de loin, et les noms choisis par Buyse pour réaliser les nouveaux baptêmes préconisés dans la disposition transitoire.

Problèmes : Changer la tradition de nommer Pics des Jumeaux aux cotes 3125 et 3160 pour rebaptiser la cote 3125, Jumeau Nord, pour Pic du Vétéran (surnom de Buyse), et le nom du Jumeau Sud pour Pic des Jumeaux, faisant allusion à Jean et Pierre Ravier, baptême refusé manifestement par les jumeaux bordelais. Baptême de deux pointes à l'Est du Pic Perdu comme Pics de Baudrimont, au lieu des noms de Rabadá et Navarro que la FAM proposait. Prétention de changer le Pic du Portillon d'Oô par le nom de Robert Ollivier, aussi refusé catégoriquement par le même Ollivier. Nommer une pointe voisine du Seilh dera Baquo du nom d'Audoubert, également refusé par l'intéressé.

Les règles que nous avons vu exposées dans la revue Pyrénées sont les mêmes qui paraissent dans la première édition du livre Los tresmiles del Pirineo, publiée en 1990. Signalons qu'à cette date, restent seulement les dernières braises de l'Équipe des trois mille. Nous n'allons pas répéter ce texte car il est pratiquement identique au précédent.

Couverture du livre de Juan Buyse. Première édition en espagnol, 1990.


Couverture du livre de Juan Buyse. Édition en français, 1991.


En 1993, avec la parution de la troisième édition du livre en espagnol, le nombre de trois mille compris dans le Catalogue passe de 196 (premier livre) à 212. Dans les règles, une nouveauté importante fait son apparition dans l'article nº 1 :

« 1.3-Avoir, débutant du sommet, seulement d'arêtes descendantes avec une dénivellation au minimum d'à peu près 10 mètres entre la cime et un éventuel col où la descente s'interrompt ou finie. »

Cette nouvelle disposition met en évidence, au moment de considérer des élévations méritant d'être incluses dans le Catalogue, le concept de proéminence. Cette nouvelle règle est donc utile pour parfaire la liste du premier livre, étant donné qu'en plus de l'ajout de nouvelles cimes (24), il y a aussi des cimes qui sont déclassées car n'ayant pas ce concept (8).

Nous remercions Juan Mari Feliu, qui remarqua que c'est Henri Baudrimont qui établit la valeur de dix mètres comme limite de la proéminence à retenir.

Couverture du livre de Juan Buyse. Troisième édition en espagnol, 1993.


Il est clair que l'application de cette nouvelle règle met en évidence deux idées :
a) Que la disposition additionnelle d'usage unique, qui s'utilisa pour baptiser des cimes anonymes et permettre leur inclusion au Catalogue, soit utilisée une deuxième fois, étant donné que maintenant 24 cimes, avant anonymes, ont pris un nom. Qui peut dire désormais qu'elle ne soit à nouveau réutilisée ? Quel sens a alors son existence ? Mais sa disparition implique que tout l'article 1 précédent manque de sens : mais le pyrénéisme a-t-il découvert et nommé absolument tout?
b) Dès l'instant où la détention d'un nom ou la parution dans une carte ou topo-guide ne sont plus des éléments déterminants, il reste comme seul principe valable la proéminence du point haut et la mesure établie pour elle.
Alors on ne peut pas dire que la liste soit définitive.

Buyse a du penser cela, car dans la cinquième édition du livre en espagnol, en 1998, il écrivait à la page 530 : « Mais je demande l'attention du lecteur sur une question qui est importante et même transcendantale : d'éventuelles recherches justifieraient-elles la modification d'un recensement qui, depuis tant d'années, est reconnu et employé par la communauté pyrénéenne ? Nous ne le pensons pas, c'est pourquoi nous nous sommes efforcés d'emporter un consensus que nous avons obtenu de l'éditorial et de l'UIAA... »
Effectivement, Buyse veut que l'UIAA agrée de quelque manière sa liste, ce qu'il atteint comme le montre une lettre datée 14 septembre 1995, expédiée par le Dr. Claudio Abächerli, et la parution de la liste de la troisième édition du livre dans la Bulletin UIAA nº 152 de décembre 1995.

De cette manière il essaye de fermer la liste à de nouvelles incorporations, spécifiant clairement que celles-ci, si cela devait se produire, seront placées dans une annexe à part de la liste.

Buyse prévoit dans la cinquième édition une remise à jour tous les dix ans, la prochaine étant prévue pour 2002. En raison de son grand âge il délègue la tâche de continuer le travail sur les trois mille à deux coordinateurs, un pour chaque versant, Juan Mari Feliu au sud et Jean-Louis Aranjo au nord. Depuis son décès le 26 Juillet 2002 à Siurana, ce travail s'interrompt définitivement.

FTer




Addenda, 12 avril 2016.

La récente parution, janvier 2016, d'une œuvre traitant du militantisme nazi de Buyse lors de la guerre 39/45 et des années précédentes, est venue faire la lumière sur l'affirmation que nous donnions lors de la publication de cette entrée. L'information que nous avions alors provenait d'une lettre de janvier 1989 dans laquelle les frères Ravier communiquent à Buyse leur abandon de l'Équipe. Là, le leader nazi belge Léon Degrelle est cité. La réponse de Buyse essaye de justifier sa conduite passée, s'en tenant à sa participation comme volontaire dans la lutte contre le communisme sur le Front de l'Est.

Le livre publié éclaircit le passé véritable de Juan (Jan) Buyse, qu'il tentait de dissimuler. On peut dire, par conséquent, que Buyse ne fut jamais aux ordres de Degrelle et que les Ravier firent bien, même sans connaître toute la vérité, de rompre les relations.

L'œuvre, en catalan, très recommandable pour qui désire approfondir le sujet, est :
(ORENSANZ) Toni. El nazi de Siurana. Barcelona, Ara Llibres, 2016, 291p + photographies.

FTer